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Individuel ou collectif?

Il suffit de voir combien nos garages et garde-robes sont encombrés pour le constater. Même si on essaie dans un souci de production et de consommation durable d’éviter les impacts environnementaux et de favoriser le recyclage, il n’en demeure pas moins qu’un mode de vie individualiste est impensable pour une population planétaire toujours croissante. Le fait que plus de la moitié de la population mondiale vive aujourd’hui dans les villes et que cette tendance s’accélèrera dans les prochaines décennies offre un certain espoir pour le développement de services en commun. Les villes doivent offrir à leurs citoyens des outils collectifs. La jeune génération semble plus ouverte à cette dynamique.

Le projet Accès libre vise à augmenter la desserte de l’UQAC et des autres institutions situées sur le plateau de Chicoutimi (CEGEP, CIUSSS) en implantant un terminus, des circuits à haute fréquence pour la Zone Talbot, la rue Racine, des stationnements incitatifs ainsi que des dessertes plus rapides et plus efficaces vers les arrondissements de Jonquière et de La Baie, y compris des navettes spéciales les soirs de party. Le terminus offrira aussi des services intermodaux comprenant entre autres des vélos et des autos électriques en location pour satisfaire un ensemble de besoins de mobilité dans la ville. Le projet envisage aussi une tarification très avantageuse pour les étudiants de l’UQAC de 40 $ par trimestre. Il y a toutefois une condition, c’est que le tarif soit universel et prélevé avec les frais d’inscription. En échange, tous les étudiants bénéficieront d’un accès illimité aux services de la STS. Toutes et tous, qu’ils les utilisent ou pas. Le regroupement des associations étudiantes MAGE-UQAC tiendra un référendum à cet effet à la mi-février. Si la majorité des étudiants se prononce en faveur de l’universalité du prélèvement, ce sera chose faite et l’UQAC réduira son tarif de stationnement de 30 $ par an pour les étudiants. Mais la partie n’est pas gagnée. On entend certains dire : « Moi je continuerai à utiliser mon auto et à payer mon stationnement, alors je ne vois pas pourquoi je paierais 10 $ de plus pour un service que je n’utiliserai pas ! » Individuel versus collectif ? Le débat est lancé.

Dans une perspective de développement durable, les bénéfices du transport en commun sont multiples. On note une augmentation de l’activité physique, donc de la santé cardio-vasculaire, une amélioration de la sécurité de la mobilité, une amélioration de l’accessibilité aux services publics et de la fluidité du trafic urbain si le taux de pénétration est suffisant. La disponibilité de services efficaces de transport en commun réduit d’autant la nécessité d’avoir une automobile individuelle. Sans compter la réduction des émissions de gaz à effet de serre et d’autres polluants atmosphériques précurseurs du smog par kilomètre-passager lorsque l’occupation des véhicules est suffisante.

La contribution universelle est un peu comme l’assurance maladie. Tout le monde paye sa cotisation même s’il n’a pas de maladie. La participation de tous permet de maximiser les bénéfices collectifs et d’aider ceux qui en ont besoin. C’est le thème majeur du Programme de développement durable à l’Horizon 2030. En ce sens, il sera intéressant de voir le résultat du référendum. Si nous sommes réellement dans une période de transition socioécologique, il sera clairement positif.

https://www.lequotidien.com/chroniques/claude-villeneuve/individuel-ou-collectif-5dfc22a17df67c106e114bc6f7d33694

Protéger la haute mer?

Après plus de 10 ans d’alertes scientifiques, de controverses légales et de débats politiques, le 24 décembre dernier, l’Assemblée générale des Nations Unies adoptait la résolution 72/249 qui engageait les États à négocier une convention internationale « contraignante » pour la protection de la haute mer. Cette résolution, appuyée par 130 pays, appelle à la création d’un réseau mondial d’aires marines protégées dans les eaux internationales. Ces zones sont nécessaires pour préserver la biodiversité océanique malmenée par les changements rapides de l’environnement marin auxquels on assiste dans les dernières décennies. Pour n’en nommer que quelques-uns, la pression accrue des pêcheries hauturières sans contrôle, le réchauffement du climat, l’acidification océanique et l’accumulation de déchets plastiques rendent la vie dure aux poissons, aux oiseaux, aux tortues et aux invertébrés qui constituent une part encore méconnue de la biodiversité mondiale.

On ne peut pas dire que la protection du milieu marin soit très efficace. En effet, des tentatives de régulations marines internationales existent, mais elles sont généralement associées à une activité particulière. Il existe une Autorité internationale sur les fonds marins qui limite l’exploitation minière en haute mer, l’Organisation maritime internationale qui impose des règles à la navigation et même certains accords internationaux qui protègent des zones contre la pêche commerciale. Par exemple, quinze pays de l’Union européenne ont adhéré à la convention OSPAR (de Oslo et Paris, les deux premiers signataires) qui protège les eaux de l’Atlantique Nord-Est. Cependant, cette convention ne s’applique qu’aux pays signataires, les Russes peuvent donc s’en donner à cœur joie. Pourtant, les pays se sont engagés à une conservation de 10 % de la surface de haute mer dans les Cibles de la biodiversité de Aichi et dans l’Objectif de développement durable 14 du Programme de développement durable à l’horizon 2030. La plupart des scientifiques sont d’avis qu’il faudrait plutôt viser 30 %, mais c’est une autre histoire !

Un indicateur de surface, c’est bien, mais il faut savoir ce qu’on protège. En effet, 90 % de la haute mer constitue un presque désert biologique, en raison de sa faible productivité. Une aire marine protégée doit donc avoir certaines caractéristiques pour être efficace. Il faut une bathymétrie favorable à l’habitat des poissons et au brassage des nutriments, indispensable à la productivité végétale. Il faut aussi que les surfaces protégées soient assez grandes et de préférence organisées en réseaux interconnectés. Il faut enfin qu’elles soient respectées, donc surveillées, ce qui devient de plus en plus faisable par les satellites. Mais qui va faire la police ?

Des accords internationaux vertueux, mais inapplicables, basés sur l’action volontaire, on en compte des dizaines. Est-ce qu’on fera mieux pour protéger la haute mer ? C’est à voir.

https://www.lequotidien.com/chroniques/claude-villeneuve/proteger-la-haute-mer-ad0532b3716178c52231064a17db3e04

«Parfum de sécheuse!»

Dans une étude parue dans la revue Science du 15 février dernier, Brian McDonald et ses collègues ont démontré que les COV provenant des pesticides, des peintures, des revêtements, des agents nettoyants et des produits de soin personnel détrônaient dorénavant les émissions provenant de l’essence et du diésel dans les villes.

À Los Angeles, par exemple, ces produits représentent 38 % des COV contre 32 % pour les polluants issus du transport, 15 % des sources industrielles et 14 % des raffineries. Mais encore ?

Les COV sont des produits organiques qui s’évaporent spontanément et qui tendent à former des aérosols, ces minuscules gouttelettes qui restent en suspension dans l’air. Lorsque vous faites le plein, vous reconnaissez l’odeur particulière de l’essence et du diésel par la signature olfactive de leurs COV respectifs. Les COV sont plus ou moins nocifs pour la santé, mais ils sont aussi des précurseurs du smog estival. Ce smog photochimique se traduit par la fabrication d’ozone troposphérique, un polluant très agressif qui cause d’importants problèmes de santé publique, particulièrement pour les gens qui souffrent de maladies cardio-respiratoires. Depuis les années 1970, les autorités environnementales des pays ont travaillé très fort pour limiter la pollution des automobiles et camions et ainsi réussi à réduire les émissions de COV de la filière transport. Mais pendant ce temps, les produits de consommation courante émettant des COV se sont multipliés sans entrave, ce qui explique la situation que les auteurs ont décrite. Incroyable ? Une analyse de ces divers COV montre qu’en termes de potentiel de formation d’aérosols précurseurs du smog, la part de ceux issus des produits de consommation s’élèverait à 42 %, contre 36 % pour les carburants.

Les odeurs synthétiques qui génèrent des COV ont aussi un effet sur la santé lorsqu’ils sont concentrés dans l’air intérieur. Les gens qui souffrent d’asthme ou d’autres maladies respiratoires peuvent en être affectés sérieusement. Mais on nous a fait croire que ces odeurs représentaient la propreté et la fraîcheur alors qu’ils ne servent qu’à masquer d’autres odeurs. Comme ces produits n’apportent rien, ni à la propreté, ni à l’hygiène, cela ne serait pas un gros sacrifice de les éviter.

Les auteurs de l’étude signalent que les gouvernements devraient règlementer ces substances, mais l’effort politique d’imposer à l’industrie des normes à cet effet serait semble-t-il rédhibitoire.

Les émissions de COV des produits à usage domestique illustrent bien l’effet du nombre sur la pollution. Une feuille d’antistatique parfumé pour chaque séchage de linge ne semble peut-être pas une grande charge polluante, mais quand chacun l’utilise, cela devient un problème environnemental.

Il y a deux façons de le régler à la source. Les consommateurs peuvent refuser d’en acheter ou n’acheter que le produit équivalent sans parfum chimique. Si l’industrie n’en vend pas, elle tentera dans un premier temps de faire de la publicité pour en mousser les prétendues vertus, ensuite, si les consommateurs persistent à ne pas les acheter, elle les retirera de la fabrication. Dans le deuxième cas, il faut que les gouvernements et les villes en règlementent ou en interdisent l’usage. C’est un processus beaucoup plus long, lourd et complexe. Il a fallu plus de 40 ans pour diminuer les COV de l’essence par la règlementation. Ça fait réfléchir.

https://www.lequotidien.com/chroniques/claude-villeneuve/parfum-de-secheuse-f8eccc795c737b596abeaa8f87ddc655

Épurer la fumée des navires

Les échappements des navires représentent un cinquième des émissions mondiales de noir de carbone. Ce polluant produit un réchauffement local et à court terme en raison de sa capacité à absorber les rayons lumineux et à les transformer en chaleur. La fumée des navires, en plus de la suie et des gouttelettes de diésel, contient des oxydes de soufre qui acidifient les océans et contribuent au smog dans les villes portuaires, affectant la santé humaine, provoquant des surmortalités liées aux maladies cardio-vasculaires. La fumée des navires contient enfin des métaux lourds qui s’accumulent dans les réseaux alimentaires océaniques et affectent les poissons prédateurs et les mammifères marins.

L’enjeu émergent le plus grave concerne la navigation dans les glaces. En effet, le noir de carbone en se déposant sur les surfaces blanches comme la glace ou la neige produit son effet maximal. Alors qu’on parle de plus en plus de navigation commerciale et de croisières dans les eaux de l’Arctique, de l’Antarctique ou même du Saint-Laurent et du Saguenay, cela devrait préoccuper les autorités. La banquise de l’océan Arctique fond de plus en plus rapidement et tarde à se reconstituer en hiver, ce qui a des effets paradoxaux sur le climat à nos latitudes, comme on l’observe cette année.

Mais comment règlementer ce qu’on a de la difficulté à mesurer ? S’il est facile par exemple de transformer le nombre de litres de diésel brûlé en émissions de CO2 par une simple multiplication, la mesure du noir de carbone n’est pas une chose évidente. Il existe deux méthodes. La première consiste à passer un faisceau laser dans la fumée pour mesurer la quantité de polluants en fonction de la lumière absorbée par les particules. La seconde permet d’évaluer les émissions polluantes. À l’aide d’un filtre placé dans la cheminée pendant un temps donné. Les deux imposent des contrôles aux armateurs, ce qui ne fait évidemment pas leur affaire.

Mais il n’est pas nécessaire de mesurer les émissions pour les réduire. En changeant le mazout pour des carburants plus légers, on peut réduire le carbone noir de 35 à 80 % selon le type de navire et de chaudière. En installant un système de captage dans la cheminée, on pourrait collecter au moins 85 % des émissions de noir de carbone.

Les aérosols acides causés par les émissions d’oxydes de soufre ont un effet contraire à celui du noir de carbone. Ils reflètent la lumière et contribuent à un effet refroidissant. L’industrie maritime est actuellement obligée de réduire le contenu de soufre dans ses carburants pour passer de 3,5 % à 0,5 % en 2020. Le Canada, les États-Unis et l’Europe ont déjà appliqué ces normes, mais peu de bateaux sont immatriculés dans ces pays. Les armateurs préfèrent les pavillons de complaisance, moins exigeants.

En revanche, si on réduit le soufre sans réduire le noir de carbone, on n’est pas sortis de l’auberge. Un article paru le 6 février dans Nature Communications évalue que la nouvelle norme sur le soufre, si elle n’est pas accompagnée d’une réduction du noir de carbone, augmenterait le réchauffement attribuable à l’industrie maritime de 3 %.

Ce dilemme illustre la nécessité de penser à l’ensemble des composantes d’un problème. Il n’existe pas de solutions magiques en environnement !

https://www.lequotidien.com/chroniques/claude-villeneuve/epurer-la-fumee-des-navires-ad3f395da27f6cde6a93da568d53620f

Individuel ou collectif?

Il suffit de voir combien nos garages et garde-robes sont encombrés pour le constater. Même si on essaie dans un souci de production et de consommation durable d’éviter les impacts environnementaux et de favoriser le recyclage, il n’en demeure pas moins qu’un mode de vie individualiste est impensable pour une population planétaire toujours croissante. Le fait que plus de la moitié de la population mondiale vive aujourd’hui dans les villes et que cette tendance s’accélèrera dans les prochaines décennies offre un certain espoir pour le développement de services en commun. Les villes doivent offrir à leurs citoyens des outils collectifs. La jeune génération semble plus ouverte à cette dynamique.

Le projet Accès libre vise à augmenter la desserte de l’UQAC et des autres institutions situées sur le plateau de Chicoutimi (CEGEP, CIUSSS) en implantant un terminus, des circuits à haute fréquence pour la Zone Talbot, la rue Racine, des stationnements incitatifs ainsi que des dessertes plus rapides et plus efficaces vers les arrondissements de Jonquière et de La Baie, y compris des navettes spéciales les soirs de party. Le terminus offrira aussi des services intermodaux comprenant entre autres des vélos et des autos électriques en location pour satisfaire un ensemble de besoins de mobilité dans la ville. Le projet envisage aussi une tarification très avantageuse pour les étudiants de l’UQAC de 40 $ par trimestre. Il y a toutefois une condition, c’est que le tarif soit universel et prélevé avec les frais d’inscription. En échange, tous les étudiants bénéficieront d’un accès illimité aux services de la STS. Toutes et tous, qu’ils les utilisent ou pas. Le regroupement des associations étudiantes MAGE-UQAC tiendra un référendum à cet effet à la mi-février. Si la majorité des étudiants se prononce en faveur de l’universalité du prélèvement, ce sera chose faite et l’UQAC réduira son tarif de stationnement de 30 $ par an pour les étudiants. Mais la partie n’est pas gagnée. On entend certains dire : « Moi je continuerai à utiliser mon auto et à payer mon stationnement, alors je ne vois pas pourquoi je paierais 10 $ de plus pour un service que je n’utiliserai pas ! » Individuel versus collectif ? Le débat est lancé.

Dans une perspective de développement durable, les bénéfices du transport en commun sont multiples. On note une augmentation de l’activité physique, donc de la santé cardio-vasculaire, une amélioration de la sécurité de la mobilité, une amélioration de l’accessibilité aux services publics et de la fluidité du trafic urbain si le taux de pénétration est suffisant. La disponibilité de services efficaces de transport en commun réduit d’autant la nécessité d’avoir une automobile individuelle. Sans compter la réduction des émissions de gaz à effet de serre et d’autres polluants atmosphériques précurseurs du smog par kilomètre-passager lorsque l’occupation des véhicules est suffisante.

La contribution universelle est un peu comme l’assurance maladie. Tout le monde paye sa cotisation même s’il n’a pas de maladie. La participation de tous permet de maximiser les bénéfices collectifs et d’aider ceux qui en ont besoin. C’est le thème majeur du Programme de développement durable à l’Horizon 2030. En ce sens, il sera intéressant de voir le résultat du référendum. Si nous sommes réellement dans une période de transition socioécologique, il sera clairement positif.

Des goulots d’étranglements

Un rapport récent, produit par le Royal Institute of International Affairs (https://www.chathamhouse.org/), un groupe britannique de recherche, s’intéresse aux goulots d’étranglement dans le commerce alimentaire mondial et leurs effets sur la sécurité alimentaire dans les prochaines décennies. Cette approche est très intéressante et elle nous permettra d’illustrer ce qu’est l’ASD.

La sécurité alimentaire consiste à offrir à tous les humains un approvisionnement alimentaire suffisant, de bonne qualité et abordable de telle manière que chacun puisse mener une vie saine et productive. On voit tout de suite les liens avec l’ODD 1 qui vise à éliminer la pauvreté, l’ODD 3 qui traite de santé et l’ODD 4 qui traite de l’éducation. Mais qu’en est-il de l’énergie, de la réduction des inégalités, des infrastructures, de la conservation des écosystèmes terrestres et marins, de la paix, de la justice et du partenariat international qui font aussi partie de la liste? Regardons de plus près.

Le rapport identifie des goulots d’étranglement qui sont essentiellement des routes du commerce international des denrées alimentaires, en particulier des réseaux terrestres, des ports et des routes maritimes permettant d’acheminer les aliments vers les marchés de consommation. Il identifie aussi trois facteurs qui augmentent la vulnérabilité de ces goulots d’étranglement : 1. la dépendance croissante de certains marchés aux exportations, 2. les changements climatiques et 3. les risques de conflits politiques ou armés. Les éléments identifiés comme goulots d’étranglement peuvent devenir non fonctionnels et priver des populations entières d’approvisionnement alimentaire pour des périodes indéterminées, ce qui engendrerait des crises difficiles à gérer. Par exemple, les risques associés aux événements climatiques extrêmes pourraient interrompre l’exportation du soya brésilien vers le reste du monde, soit en raison de mauvaises récoltes, de routes coupées ou d’infrastructures portuaires rendues inopérantes. Certaines routes maritimes sont aussi sujettes à des risques de conflits armés, par exemple le canal de Suez. L’été dernier, des tensions politiques ont stoppé 40% de l’approvisionnement alimentaire du Qatar pendant presque deux mois. Les recommandations des auteurs du rapport interpellent donc différents niveaux de gouvernance pour anticiper les problèmes et mettre en place des actions pour les prévenir.

Les recommandations sont d’augmenter massivement les investissements dans les infrastructures qui constituent actuellement des goulots d’étranglement pour s’adapter aux changements climatiques et intégrer cette réalité dans les analyses prévisionnelles, renforcer des mécanismes de l’Organisation mondiale du commerce pour éviter les tarifs douaniers ou les tarifs compensatoires. Enfin, le rapport recommande d’organiser mieux la répartition des réserves stratégiques de céréales et de préparer des plans de mesure d’urgence internationaux pour faire face à des crises éventuelles.

Comme on le voit, l’atteinte de la sécurité alimentaire interpelle la majorité des ODD et ne peut se résumer à simplement produire plus d’aliments. La recherche des goulots d’étranglement, des synergies et des antagonismes entre les actions posées pour atteindre l’une ou l’autre des cibles des ODD ici ou ailleurs dans le monde est nécessaire pour mieux comprendre le développement durable. Étudier l’ensemble du système, voilà l’objectif de l’ASD.

Enfin un peu de prudence

À l’instar de la morue des bancs de Terre-Neuve et du golfe du Saint-Laurent, de très nombreux stocks de poissons considérés jadis comme abondants ont régressé en dessous du seuil économique d’exploitation. Des flottes de bateaux-usines écument les stocks de poissons au-delà des limites territoriales de la plupart des pays et utilisent des techniques toujours plus efficaces pour alimenter la demande mondiale. Il est d’autant plus difficile de gérer correctement la pêche que les juridictions des pays ne s’appliquent pas au-delà de 200 kilomètres des côtes et que plusieurs pays n’ont pas les moyens de sévir contre les braconniers. Daniel Pauli, scientifique de l’année 2016 de Radio-Canada, a consacré sa carrière à dénoncer ces abus destructeurs.

Avec le réchauffement climatique, la banquise de l’océan Arctique présente de moins en moins d’obstacles pour la navigation. Et cela va s’accélérer dans les prochaines décennies. Les stocks de poissons qui sont actuellement pêchés dans l’Atlantique Nord ont commencé à migrer vers le pôle. Il y a fort à parier que les bateaux vont suivre. Sans une réglementation sévère, il est plus que probable que les stocks de poissons présents dans l’océan arctique vont subir une pression de pêche qui risque de les faire disparaître à leur tour, victimes de prises accidentelles ou de l’écrémage dans les eaux internationales. Mais il est encore possible d’agir pendant que la banquise reste un obstacle et faire des études scientifiques pour connaître la dynamique des espèces de poissons de l’océan arctique et leur capacité de subir un prélèvement sur une base durable. C’est un message qui a été lancé dès 2012 par un groupe de 2 000 scientifiques de 67 pays.

Il semble que ce message a été entendu, car le 30 novembre, un groupe de 10 pays qui bordent l’océan Arctique ont signé un moratoire jusqu’en 2033 sur la pêche dans une zone grande comme la Méditerranée (2,8 millions de kilomètres carrés) entourant le Pôle Nord. Après des années de discussions, cet accord a été conclu à Washington par les États-Unis, l’Union européenne, la Russie, la Chine, le Canada, la Norvège, le Groenland, l’Islande, le Japon et la Corée du Sud. Il sera automatiquement renouvelé en 2033, puis tous les 5 ans, jusqu’à un éventuel plan de gestion de la pêche dans la région. Le moratoire permettra aux scientifiques de connaître quelles espèces halieutiques se trouvent dans les eaux internationales et s’il est possible de les exploiter de façon durable.

Voilà une façon logique et responsable de préparer le futur. Les objectifs 13 et 14 du Programme de développement durable à l’Horizon 2030 traitent respectivement de l’adaptation aux changements climatiques et de la conservation des ressources océaniques. Avec un tel moratoire, les pays prennent la responsabilité de connaître pour mieux gérer, ce qui relève du principe de précaution.

La pêche dans l’océan Arctique n’était jusqu’à maintenant qu’un fantasme. Avec le réchauffement inéluctable du climat, cela deviendra possible. Il ne faut surtout pas laisser libre cours aux pratiques de l’économie traditionnelle des pêches si on veut pouvoir la pratiquer longtemps. C’est rassurant de constater qu’on fera enfin preuve d’un peu de prudence !

Légal mais immoral

Les impôts et les taxes qui alimentent les caisses gouvernementales et municipales servent à redistribuer la richesse, à investir dans de meilleures infrastructures et à donner aux citoyens des services de qualité. Dans une optique de développement durable, cela répond à la majorité des 17 objectifs de développement durable des Nations Unies. Les gouvernements et les municipalités ont une énorme responsabilité pour assurer la qualité de vie des citoyens et maintenir le patrimoine naturel et culturel. C’est une justice basée sur un principe éthique : les humains sont tous égaux et la société doit prendre soin de chacun. Échapper au fisc ou détourner l’argent des contribuables revient au même. Cela impose une surcharge à payer aux honnêtes gens et prive les moins nantis d’occasions d’améliorer leur sort.

Mais il existe des gens pour qui cela importe peu. En rédigeant des contrats blindés comportant des avantages injustifiés, des avocats et notaires très professionnels ont réussi à respecter la loi tout en en contournant l’esprit. Tout ouvrier mérite son salaire disait-on autrefois, mais à Saguenay, il n’y aura aucun travail fourni pour les quelques millions octroyés aux amis de Jean Tremblay. C’est légal, mais immoral. Par surcroît, on a augmenté scandaleusement la dette de la ville sous prétexte de ne pas augmenter les taxes. Mais qui va payer la dette ? Ce sera aux suivants de casquer. L’administration Tremblay a ajouté l’insulte à l’injure. Le citoyen d’abord ? Laissez-moi rire !

Les Paradise Papers nous montrent les dessous de l’évasion fiscale. Les mieux nantis de la planète détournent du fisc des centaines de milliards de dollars annuellement avec l’aide de banquiers et d’avocats qui respectent les lois, mais en violent l’esprit là aussi. Ils en font même une industrie, par l’intermédiaire de grands cabinets comptables. Curieusement, c’est le genre de sommes dont les gouvernements auraient besoin pour garnir le fonds vert du climat destiné aux pays en voie de développement pour s’adapter aux changements climatiques. Mais les États n’ont pas accès à ces fonds, ils ne profitent qu’aux millionnaires et aux milliardaires qui en demandent toujours plus. Beau travail messieurs les fiscalistes. Même le mal se fait bien !

Si on veut progresser un jour vers une forme de développement plus durable, il faudra rétablir une éthique qui interdise ce genre de pratiques, tant chez les professionnels du droit, de la comptabilité et de la finance que chez les élus de tous les niveaux. Notre grille d’analyse de développement durable comprend une dimension éthique qui vise notamment l’équité, la responsabilité, l’imputabilité, la solidarité avec les générations actuelles et futures. Si on l’avait utilisée à Saguenay ou dans les cabinets comptables avant de procéder à ces détournements de fonds légaux, les choses auraient sans doute été différentes. Le développement durable, ce n’est pas seulement la protection de l’environnement. Pour satisfaire aux besoins des plus démunis, il ne suffit pas de donner quelques dollars dans une guignolée. C’est une façon de penser différente qu’il faut implanter dans tous les cas de figure. Il ne faut pas juste se demander si c’est légal.

Le côté sombre de l’électronique

L’électronique est omniprésente dans le monde moderne. Elle nous rend d’immenses services, mais un jour ou l’autre, question de mode, d’obsolescence (planifiée ou non) ou simplement parce qu’il en coûte moins cher d’acheter du neuf que d’aller voir le réparateur, tous ces appareils deviendront des déchets et finiront au rebut. Selon un rapport des Nations Unies, The Global E-waste Monitor 2017, paru le 13 décembre, ce sont 45 millions de tonnes de déchets d’équipements électriques et électroniques (DÉÉÉ) qui ont été gérés dans le monde en 2016, une hausse de 8% par rapport à 2014. Chaque Terrien produit en moyenne 6,1 kilogrammes de DÉÉÉ par année !

Cela est d’autant plus dramatique que, malgré les injonctions à la prudence et à la mise en œuvre de moyens de prévention comme l’éco-conception et le recyclage, le phénomène qu’on voyait venir depuis plus de vingt ans est en pleine explosion. Seulement 20% de cette production est réellement collectée et recyclée. Pour les 80% restants c’est le flou total puisqu’aucune donnée précise n’est disponible. Cela veut dire en clair qu’ils disparaissent dans la nature, les lieux d’enfouissement et les incinérateurs… Or les DÉÉÉ contiennent des minéraux rares et produisent des substances toxiques lorsqu’ils ne sont pas correctement traités.

Au Québec, cette question se pose depuis un certain temps. Il y a dix ans déjà, certains centres comme le Carrefour Environnement Saguenay se sont intéressés au domaine et ont développé une expertise dans le démantèlement, la remise en état, la revente d’appareils et le recyclage des composantes hors d’usage et des matériaux valorisables dans les déchets électroniques. Aujourd’hui, ARPE-Québec est un organisme à but non lucratif reconnu par RECYC-QUÉBEC qui a pour mandat de récupérer et de valoriser les produits électroniques en fin de vie utile au Québec. Le Carrefour Environnement Saguenay reçoit les appareils hors d’usage de tout l’est du Québec.

Alors quoi faire ? Sur le site de Recyc-Québec, on peut consulter la page «On en prend soin» (http://onenprendsoin.recyc-quebec.gouv.qc.ca/produits-electroniques/) qui indique à quel endroit et quels DÉÉÉ peuvent être disposés pour le recyclage et le traitement. C’est bien, mais dans un monde idéal, il faut réduire à la source les DÉÉÉ comme les autres déchets. La première chose à faire est de se poser la question du besoin réel. Est-ce que j’achète bien le bon appareil pour mes besoins ?

Même si un appareil peut paraître séduisant dans la publicité, si on ne l’utilise pas à plein, son prix réel par heure d’utilité se met à augmenter tout comme l’impact relatif de sa fabrication et de sa disposition. Contrairement à l’automobile, dont la majorité des impacts se trouvent dans sa phase d’utilisation, l’impact des appareils électroniques réside dans les étapes de production et de disposition comme c’est le cas pour les meubles ou les vêtements.

Par exemple, la durée de vie moyenne d’un téléphone portable est de moins de deux ans. Si on prolonge sa vie utile de six mois, on diminue son impact relatif de 25%, si on le garde un an de plus, on réduit l’impact jusqu’à 40%. Les appareils électroniques sont des composantes de la vie moderne et ils nous rendent de grands services, mais personne ne doit ignorer le côté sombre des DÉÉÉ. Espérons que cette chronique aura su l’éclairer un peu !

Le Canada paraît mal!

L’objectif de ces examens est de donner une image impartiale de la performance des pays membres et d’instaurer un dialogue avec les gouvernements dans un processus d’amélioration continue.

Le verdict est inquiétant : « … le pays a découplé sa croissance économique de diverses sources de pressions environnementales. Il reste néanmoins confronté à plusieurs défis liés à la consommation élevée d’énergie et de ressources, aux importantes émissions de gaz à effet de serre et aux pressions locales exercées sur la biodiversité et les ressources hydriques. » Le rapport souligne aussi que de nombreuses collectivités autochtones ne bénéficient pas d’un accès égal à certains services essentiels et se trouvent davantage exposées aux risques environnementaux.

En effet, nous avons continué à augmenter nos émissions de gaz à effet de serre, particulièrement pour l’exploitation des sables bitumineux et dans le domaine du transport. Des grandes villes comme Montréal et Vancouver ne sont pas équipées d’installation d’épuration des eaux de pointe et de nombreuses collectivités autochtones sont confrontées à des conditions de vie dignes du tiers-monde.

Pour une économie qui figure au dixième rang des pays membres de l’OCDE, le Canada est le quatrième plus grand émetteur de gaz à effet de serre et ses émissions ne semblent pas s’infléchir. En effet, nous émettons 20 % plus qu’en 1990 malgré qu’il faudrait que nous soyons à 20 % de moins en 2020 pour contribuer à l’effort mondial.

Reconnaissant les intentions affichées par le nouveau gouvernement d’imposer une tarification du carbone à partir de 2018 et de se donner un cadre pour une croissance propre, le rapport contient néanmoins 46 recommandations adressées au gouvernement fédéral et aux provinces pour améliorer leur performance. Car si les intentions sont une chose, l’action en est une autre.

Dans le domaine des déchets, la situation n’est pas vraiment brillante. À peine 25 % des matières résiduelles sont dirigées vers le recyclage et le compostage. Le reste est enfoui ou incinéré et nous sommes parmi les plus grands producteurs de déchets per capita au monde, ce qui nous range parmi les plus mauvais de l’OCDE. L’utilisation des pesticides en agriculture a beaucoup augmenté depuis 2000 (40 % de plus dans les cinq dernières années) alors que l’usage d’engrais azotés a crû deux fois plus vite que la production agricole, ce qui est le plus mauvais score de l’OCDE.

Bien sûr, cela ne peut qu’affecter la qualité de l’eau de surface. On le remarque en particulier dans le lac Winnipeg, les Grands Lacs et le fleuve Saint-Laurent. Quant à l’objectif de protéger 17 % de la superficie des terres et 10 % du littoral en 2020, les examinateurs concluent que ce sera virtuellement impossible d’y arriver.

Bref, le Canada paraît mal. Bien sûr, la période examinée a été dominée par le gouvernement Harper, mais bien des prérogatives environnementales appartiennent aux provinces dont les gouvernements n’ont pas tellement brillé dans le domaine. Il est intéressant de lire cet examen environnemental. Cela nous montre qu’il reste beaucoup de travail à faire. L’année 2018 nous promet des défis intéressants. Ce serait bien que nous puissions mieux faire la prochaine fois !