L’auto électrique, une panacée ?

Avec le championnat de Formule E à Montréal samedi dernier, on a beaucoup entendu parler de la voiture électrique comme solution universelle pour le transport durable. La question vaut la peine qu’on s’y attarde avec un œil critique.

 En effet, les planètes semblent bien alignées pour une pénétration massive du marché par cette technologie dans un futur rapproché. D’abord, de plus en plus de constructeurs offrent des produits, encore chers certes, mais abordables par la classe moyenne supérieure (celle qui part les modes). Volvo a même annoncé qu’il n’offrirait plus de modèles à moteur thermique dans moins de 10 ans.  Tesla fournit uniquement des voitures électriques et travaille à démocratiser ses modèles.  La densité de charge des batteries augmente de manière exponentielle et leur temps de recharge diminue très rapidement, ce qui réduit d’autant le problème de l’autonomie. Deuxième composante de l’équation : des gouvernements comme la France, la Suède et la Norvège interdiront la vente de modèles à essence ou diésel avant 2040. Cela veut dire qu’un jeune né cette année dans ces pays n’aura peut-être jamais la possibilité de conduire ce type de véhicules, sauf à titre de collectionneur de « belles d’autrefois ». En outre, dans le cadre de la lutte aux changements climatiques, de plus en plus de pays imposent un prix aux émissions de CO2, ce qui provoquera une hausse le prix des carburants. Enfin, dans de nombreuses villes, la qualité de l’air affecte la santé des citoyens et l’automobile thermique est un des facteurs principaux de sa détérioration. Les modes de transport électrique ne causent pas de pollution de l’air dans les villes. Comme l’humanité s’urbanise de plus en plus, cela devient un enjeu politique majeur.

 Mais il y a un côté moins reluisant à cette médaille. La majeure partie de l’électricité, dans la plupart des pays, est encore produite avec des carburants fossiles. Malgré cela, l’efficacité de la motorisation électrique par rapport aux moteurs à combustion permet des gains en matière d’émissions de CO2 mais ceux-ci sont réduits par rapport à une fourniture en électricité de source renouvelable. Mais, s’il y a toujours plus de voitures individuelles, l’objectif de carbo-neutralité du transport sera d’autant plus difficile à atteindre.

 Car c’est là que le bât blesse. L’automobile individuelle comme moyen de transport est clairement non viable à long terme. Pour produire une auto, il faut extraire des ressources naturelles, des minéraux pour la carrosserie et les composantes comme l’ordinateur de bord, le moteur ou les batteries, du pétrole pour les plastiques et bien sûr d’énormes quantités d’eau et d’énergie. En fin de vie, ces matériaux ne sont pas tous recyclés ni même recyclables. Et cela est vrai pour les voitures à essence comme pour les voitures électriques. En outre, que les véhicules soient électriques ou non, plus il y en a sur la route en même temps, plus on augmente la congestion, ce qui demande de construire de plus en plus d’infrastructures, au détriment des écosystèmes productifs ou des terres agricoles. Tout cela pour un objet qui reste stationné 95% de sa vie utile.

 La voiture électrique n’est donc qu’une des composantes de la mobilité durable que l’on souhaite dans l’avenir. Pour l’horizon 2050, il faudra repenser la ville et offrir un maximum d’occasions pour le transport actif et collectif. Il faudra aussi, comme on le fait dans les pays scandinaves, rendre difficile et coûteuse la possession d’un véhicule individuel.

 La technologie n’est qu’une partie de l’équation. Il faut améliorer la planification et la vision et surtout changer les comportements et les aspirations individuelles. C’est un défi beaucoup plus grand qui passe par l’éducation. Heureusement, il n’est pas trop tard pour commencer, mon petit-fils Charles ne rentrera à l’école que dans trois ans !

Claude Villeneuve
Professeur titulaire
Directeur de la Chaire en éco-conseil
Département des sciences fondamentales

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