Le passage du Nord-Ouest, rêve ou réalité ?

L’automne dernier, un navire chargé de charbon a relié le port de Vancouver au port d’Helsinki en Finlande. Anecdote ou présage ?

 Le Passage du Nord-Ouest reliant l’Atlantique et le Pacifique par l’océan Arctique en passant par le nord du Canada est un vieux rêve. En 1847-48, l’expédition de Sir John Franklin a péri corps et biens en tentant de rallier pour la première fois les deux océans par le nord du Canada. On vient tout juste de retrouver les deux navires Erebus et Terror qui en témoignent (http://www.pc.gc.ca/fra/culture/franklin/index.aspx). Ce n’est qu’en 1905-1906 que l’explorateur norvégien Roald Amundsen a réussi l’exploit sur son petit voilier. Depuis une dizaine d’années, en raison du réchauffement du climat planétaire, qui est plus marqué dans l’Arctique, de plus en plus de bateaux de petite taille font la traversée. Cela suscite beaucoup d’intérêt politique et commercial. En effet, le Passage du Nord-Ouest permet de raccourcir considérablement la distance à parcourir pour relier l’Europe et l’Asie. C’est le cas, du moins pendant la saison où il est libre de glace c’est-à-dire environ dix semaines. Toutefois les modèles climatiques permettent de croire que cette période passera rapidement à trois ou quatre mois d’ici 2030.

 La pression de concurrence qui s’exerce sur les entreprises de transport maritime à l’échelle internationale oblige ces dernières à examiner toutes les options qui s’offrent pour diminuer les coûts. Par exemple, emprunter le canal de Panama coûte cher, mais cela évite d’avoir à contourner l’Amérique du Sud. C’est la même chose pour le canal de Suez qui évite de contourner l’Afrique. Ces canaux ont toutefois un gabarit qui n’accommode pas nécessairement les plus grands navires ou qui réduit leur charge utile en raison du tirant d’eau. Plusieurs armateurs préfèrent donc emprunter des voies plus longues, malgré les coûts de carburant et d’équipage. La disponibilité d’une voie maritime alternative plus courte est certes une perspective alléchante.

 Mais il y a loin de la coupe aux lèvres ! La navigation dans l’Arctique présente encore de nombreux risques qui ne sont pas prêts de s’atténuer. D’abord, les glaces exigent que les navires aient des coques renforcées et les routes de navigation ne sont pas aussi bien balisées que dans d’autres secteurs comme par exemple le Golfe du Saint-Laurent où il faut tout de même des pilotes spécialisés. En cas d’avarie il n’existe pas d’infrastructures, pas de port, pas de base de la garde côtière dans l’Arctique canadien. Les navires qui veulent s’y engager devraient donc bénéficier d’un service spécial pour compléter leur périple, ce qui coûterait sans doute très cher, soit au Gouvernement canadien, soit aux armateurs qui voudraient bénéficier du service. Il y a aussi les risques environnementaux dont il faut tenir compte. Les coûts d’un accident écologique dans l’Arctique seraient ruineux.

 C’est plus vraisemblablement l’exploitation des ressources naturelles dans les Territoires du Nord-Ouest, au Nunavut et dans la mer de Beaufort qui pourraient justifier le besoin d’une voie maritime comme le Passage du Nord-Ouest. En effet, il n’existe pas de lien routier ou ferroviaire entre les communautés de l’Arctique et le Sud. Il est donc à peu près impossible de sortir les minerais, le pétrole ou le gaz naturel qu’on pourrait y exploiter. Et, si la tendance se maintient, avec le réchauffement du climat et l’augmentation de la demande mondiale de matières premières, les ressources de l’Arctique pourraient se voir mises à contribution. Le gouvernement américain et le gouvernement canadien ont accordé dans les trente dernières années de nombreux permis d’exploration tant sur le continent qu’en mer et les découvertes sont prometteuses. Selon les intérêts économiques et politiques qui sont en jeu, l’avenir n’est pas écrit. Le Passage du Nord-Ouest ne dépend pas que du réchauffement du climat.

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