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APPEL DE CANDIDATURE POUR POST-DOCTORAT – CARBONE BORÉAL / UQAC, QUÉBEC, CANADA ; CALL FOR CANDIDATES FOR A POST-DOCTORAL FELLOWSHIP – UQAC / CARBONE BORÉAL, QUÉBEC, CANADA

PROJETS DE RECHERCHE: Étude sur le potentiel de séquestration du carbone dû au scarifiage et à l’ensemencement naturel des plantations de Carbone boréal et Calcul de la séquestration des plantations Carbone boréal en milieu agricole.

Appel de candidature pour post-doc CB-UQAC 2019

Les apprentis sorciers

Pour sa part, l’Organisation météorologique mondiale, dans son dernier rapport sur la concentration des GES dans l’atmosphère, a montré que ces émissions continuent d’augmenter et leur niveau est tel qu’il faudrait réduire les émissions de 40 % en 2030 et de 100 % en 2050 pour espérer atteindre l’objectif. Or, les observateurs sont unanimes : les engagements des pays signataires de l’Accord de Paris, qui doit entrer en vigueur en 2020, n’ont pas pris d’engagements suffisants pour s’approcher de cette performance. Mathématiquement, les chances de stabiliser l’augmentation de la température moyenne terrestre à moins de 3 à 4 degrés Celsius à l’échéance 2100 sont très faibles. Devant ce constat, et les impacts catastrophiques d’un tel réchauffement sur l’humanité et sur la nature, certains prônent de recourir à la géo-ingénierie. La géo-ingénierie est un terme qui signifie des interventions humaines artificielles permettant de transformer des composantes planétaires à l’échelle globale. En gros, on parle de modifier la couleur de certaines surfaces pour refléter le rayonnement solaire, de fertiliser les océans pour stimuler la captation du dioxyde de carbone, de mettre en place des dispositifs permettant de capter et de stocker le carbone dans la lithosphère ou d’injecter des substances chimiques dans la stratosphère pour diminuer le rayonnement solaire incident en le reflétant vers l’espace. Une équipe de l’Université Harvard au Massachusetts veut réaliser en 2019 la première expérience de géo-ingénierie à très petite échelle pour tester l’efficacité d’injecter dans la stratosphère du carbonate de calcium afin de créer un écran solaire.

L’injection de substances réfléchissantes dans la stratosphère à 20 kilomètres d’altitude a un effet refroidissant bien connu. Par exemple, l’explosion du volcan Pinatubo en 1991 a projeté l’équivalent de 20 millions de tonnes d’aérosols sulfatés dans la stratosphère, ce qui a produit un refroidissement du climat planétaire de l’ordre de 0,5 degrés C pour la période de 18 mois qui a suivi. L’expérience de Harvard sera infinitésimale par rapport à cet événement naturel, mais les calculs de faisabilité ont démontré qu’il serait possible, si ça marche, d’obtenir des résultats comparables en utilisant des avions spécialement conçus pour voler à cette altitude et y disperser des dizaines de milliers de chargements par année de carbonate de calcium. Ce projet d’une durée de 15 ans devrait par la suite être maintenu. On préfère le carbonate de calcium aux aérosols sulfatés car ces derniers provoquent la destruction de la couche d’ozone qui nous protège du rayonnement ultraviolet.

Mais cela représente-il une solution viable susceptible d’éviter les efforts de réduction des émissions de GES ou est-ce au contraire un cataplasme sur une jambe de bois ? Jugez-en par vous-mêmes. D’abord, la réduction de la lumière incidente du soleil aura des effets sur la performance des végétaux et des impacts sur le cycle de l’eau qui sont difficiles à quantifier. Surtout, si on continue d’émettre du dioxyde de carbone, les océans vont continuer de l’absorber et leur surface deviendra de plus en plus acide, mettant en cause la survie de plusieurs espèces marines. Cela ne règlera pas non plus notre dépendance aux carburants fossiles et les problèmes de santé liés à la pollution de l’air.

L’idée plaît à certains de corriger une situation causée par les humains en investissant massivement dans les mesures de géo ingénierie. Mais il faut y penser à deux fois avant de faire confiance aux apprentis sorciers plutôt que de s’attaquer à la source du problème.

Claude Villeneuve

Une recherche qui porte fruit

En 2013, la chaire a remporté un appel d’offres du ministère de l’Environnement destiné aux universités pour réaliser une étude sur la GMR dans les communautés isolées du Nord-du-Québec. En 2013-2014, la Chaire a tout d’abord établi le portait de la situation. Première conclusion : les solutions du Sud ne peuvent pas être appliquées telles quelles au Nord. La phase 2, en 2015-2016, visait à recueillir des données utiles pour soutenir les planificateurs locaux dans l’amélioration de leur GMR et à présenter les solutions identifiées sous forme de boîte à outils pour la gestion des matières résiduelles en territoire nordique. Ces rapports peuvent être téléchargés sur la page du ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques. Nos travaux ont fait appel à la littérature scientifique mondiale et les solutions ont été expérimentées en conditions réelles et adaptées aux besoins et à la culture locale. Naturellement, la mise en œuvre de nos recommandations dépendait des autorités locales et des investissements nécessaires à l’achat d’équipement et à la mobilisation du personnel et des acteurs locaux.

Les villages isolés du réseau routier, au nord du Québec comme un peu partout dans le monde, en Alaska, au Nunavut ou au Groenland, ont un énorme passif environnemental. Dans ces régions inhospitalières, les explorateurs, tout comme les agents gouvernementaux, les forces armées ou les compagnies d’exploration et d’exploitation minières ont laissé leurs déchets sur place, année après année depuis près d’un siècle. À cela se sont ajoutés les carcasses de voitures ou autres véhicules hors d’usage et tout un ensemble de débris produits par les populations locales à mesure qu’elles adoptaient les mêmes modes de consommation que les gens du Sud. Pour essayer de gérer un tant soit peu le flux des déchets et éviter qu’ils finissent par affecter la santé des personnes et des écosystèmes, le gouvernement du Québec a établi en 2006 un règlement sur les lieux d’élimination en milieu nordique qui prescrivait un brûlage des déchets sur une base hebdomadaire dans un lieu clôturé. On comprend que ce mode archaïque de gestion était un pis-aller et qu’il ne pouvait en aucun cas régler les passifs. Même si le règlement obligeait les communautés à gérer ces dépotoirs, notre travail avait identifié de nombreuses lacunes et, à toutes fins utiles, il n’y avait aucune récupération ou recyclage qui pouvait s’implanter dans les territoires non desservis par le réseau routier.

Après un an d’application de nos outils, Schefferville annonce fièrement les premiers résultats qui sont remarquables. La création d’un écocentre et la mobilisation des trois communautés ont permis de récolter toutes sortes de déchets dangereux, de piles et batteries, de pneus et de carcasses automobiles, de l’équipement électronique et des tonnes de métal. Surtout, on sent dans le ton du bulletin un enthousiasme et une volonté d’aller plus loin pour prendre en main la gestion des matières résiduelles et la récupération.

La recherche scientifique n’est pas toujours suivie par des applications concrètes. Lorsque cela arrive, toutefois, on y trouve une grande satisfaction.

Claude Villeneuve

Faire trois fois mieux?

Avec l’ouverture de la 24e Conférence des Parties à Katowice en Pologne le 2 décembre, la pression sur les États est forte pour faire preuve de plus d’ambition. En effet, le PNUE évalue qu’il faudrait que les pays atteignent d’abord les cibles auxquelles ils se sont engagés pour 2020, puis celles de 2030. Les émissions de GES sont étroitement associées avec l’activité économique, donc, la majorité des émissions est attribuable aux pays du G20. Le PNUE constate que le G20 réalisera globalement sa cible de 2020, malgré que cinq pays membres (Canada, Indonésie, Corée du Sud, Afrique du Sud et États-Unis) ne tiendront pas leurs engagements. Par ailleurs, dans l’état actuel des choses, le G20 dans son ensemble ne semble pas en voie d’atteindre sa cible pour 2030. Pendant ce temps, l’économie africaine décolle et sa démographie est galopante. Donc, les émissions des pays africains vont continuer d’augmenter proportionnellement à leur consommation de carburants fossiles, de ciment et de la déforestation. Il serait injuste de ne pas leur donner leur chance alors que les économies déjà bien nanties sont responsables de l’essentiel des émissions historiques qui ont provoqué le réchauffement observé jusqu’à maintenant. Tel est le dilemme auquel se heurtent les négociations internationales depuis plus de 25 ans.

Le PNUE évalue que l’ensemble des émissions (incluant la déforestation) en 2017 a dépassé 53 milliards de tonnes de CO2. Avec la performance actuelle des pays, ce chiffre serait de 59 milliards de tonnes en 2030. Si tous les engagements sont pleinement réalisés, on reviendrait en 2030 à 53 milliards de tonnes alors que pour atteindre la cible de deux degrés, il faudrait être déjà en dessous de 40 milliards de tonnes. Cela demandera un effort considérable, qui correspond à trois fois les engagements consentis jusqu’à maintenant.

L’Accord de Paris prévoit que tous les cinq ans, les pays publient un inventaire de leurs émissions et de la performance de leurs engagements. La première échéance est prévue en 2023. Ensuite, les pays ont deux ans pour présenter de nouveaux engagements plus ambitieux. C’est cette mécanique qui sera établie à Katowice. Naturellement, personne ne veut mettre son économie en danger, personne ne veut être mis au banc des accusés, tout le monde est pour la vertu, mais personne n’accepte qu’on range une de ses préférences dans la liste des vices. Pendant ce temps, le fossé s’agrandit, le climat se dérègle, les glaciers fondent et le niveau de la mer monte.

Les outils technologiques et les moyens alternatifs pour assurer l’atteinte des 17 objectifs de développement durable sont déjà disponibles et applicables à toutes les échelles. C’est le seul scénario qui permettra de limiter le réchauffement à deux degrés, de stabiliser la population et d’assurer un revenu décent à tous. Qu’est qu’on attend pour agir ?

Claude Villeneuve

L’urgence d’agir?

Rarement, ces injonctions ont été suivies d’effets concrets. En cette fin d’année, après le rapport spécial du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) paru en octobre, après le rapport du PNUD (Programme des Nations unies pour le développement) sur le fossé qui se creuse entre la trajectoire à suivre pour maîtriser le réchauffement et les engagements réellement mis en oeuvre par les États et après la COP24 (24e Conférence des Parties) qui se déroulait à Katowice en Pologne, tout le monde crie à l’urgence. Certains ont même établi que dans deux ans, il sera trop tard pour éviter la catastrophe et que le désastre sera irrémédiable. Est-ce là une bonne tactique pour changer les choses ? J’en doute.

Malgré tout, j’ai été l’un des premiers scientifiques signataires du Pacte pour la transition écologique. Pourquoi ?

Crier au loup n’est pas une stratégie gagnante, comme nous l’apprenait la fable d’Ésope. Le vieux fabuliste n’était pas fabulateur et si les changements climatiques induits par l’activité humaine avaient été un enjeu à son époque, il aurait peut-être modifié son histoire. Mais aujourd’hui, le loup est bien présent et il réclame sa part de chair humaine. Les manifestations extrêmes du climat font, chaque année, plus de victimes, et cela ne risque que d’empirer. C’est bien malheureux, nous devons réagir. Mais comment ?

Les solutions sont bien connues, mais elles engagent d’une part la responsabilité individuelle et de l’autre, la gouvernance collective. C’est ce que demande le Pacte : il met au défi les citoyens de poser des gestes qui peuvent apparaître insignifiants, mais qui, s’ils sont répétés collectivement par des centaines de milliers de gens, peuvent représenter des gains significatifs. Par exemple, pour diminuer sa contribution aux changements climatiques d’une tonne par année, il faut économiser 1,3 litre d’essence par jour. C’est à la portée de tous les automobilistes. Il suffit de conduire un peu moins vite, de bien gonfler ses pneus, de ne pas laisser tourner la voiture inutilement ou d’aller à pied chercher son journal ou ses billets de loterie. Fastoche, comme disent les jeunes, surtout quand on conduit un gros 4×4. Il y a bien d’autres possibilités sur le site du Pacte, et chacun peut faire les choix qui lui conviennent pour initier le changement. La force du nombre fera le reste.

Mais il y a plus important. En agissant, on donne un signal aux gouvernements qu’ils doivent agir eux aussi par la réglementation, la fiscalité et l’exemplarité. La crise des « gilets jaunes » que vivent les Français ces dernières semaines montre bien que le gouvernement ne peut rien imposer si les citoyens ne sont pas prêts à vivre avec les conséquences d’un mouvement de transition sur leur pouvoir d’achat. À l’inverse, lorsque les citoyens sont mobilisés et qu’on leur donne des moyens et des incitatifs appropriés, le changement peut s’opérer. La Scandinavie le démontre éloquemment. En agissant, on donne aussi un signal aux entreprises et là, les gains peuvent être majeurs. Une entreprise qui ne vend pas ses produits ne pollue pas longtemps.

En 1983, je publiais mon premier cours par correspondance sur l’environnement. J’y incitais les étudiants à faire l’inventaire de leurs gestes quotidiens qui pouvaient réduire leur empreinte écologique. À l’époque, beaucoup d’environnementalistes se contentaient de crier au loup. Certaines catastrophes se sont produites, mais nous sommes toujours là et les enfants qui naissent aujourd’hui seront les aînés de 2100. Nous savons beaucoup plus de choses qu’à l’époque, mais nous ignorons toujours la date de la catastrophe annoncée. En revanche, l’urgence est là, scientifiquement documentée, et nous savons comment agir. Alors, pourquoi ne pas vous joindre au Pacte et adopter un ou plusieurs nouveaux comportements en 2019 ?

Claude villeneuve

Les animaux et le climat

D’abord, il n’est pas surprenant que les herbivores réduisent la capacité des plantes à stocker le carbone. Ils les consomment. Mais lorsqu’on introduit des carnivores, l’effet se stabilise, et on voit même des gains dans certains écosystèmes, comme les forêts, les prairies, dans les lacs et les océans.

L’abondance de l’ours ou du loup dans les forêts boréales permet de limiter les populations d’herbivores, donc de favoriser la séquestration du carbone, en permettant le maintien d’espèces feuillues. Dans le Pacifique, la loutre de mer, en mangeant les oursins, protège les grandes algues laminaires qui stockent elles aussi d’importantes quantités de carbone. Et cela n’affecte pas que le CO2. Par exemple, dans les lacs, certaines bactéries dites méthanotrophes se nourrissent de méthane, un gaz à effet de serre dont l’effet sur le réchauffement est 28 fois plus important que celui du CO2. Certaines espèces de zooplancton mangent ces bactéries, ce qui augmente la libération de méthane du lac. Si on y introduit des perchaudes qui sont des poissons planctonivores, la libération de méthane du lac est réduite de 50 %.

Mais les herbivores n’ont pas qu’un effet négatif. Dans les écosystèmes de prairie, ils accélèrent le cycle des nutriments, ce qui favorise la séquestration du carbone dans les sols par les graminées. Dans la réserve du Serengeti, en Tanzanie, la population de gnous avait beaucoup diminué dans les années 1960 en raison du braconnage et des maladies. On a alors assisté à une augmentation des feux de brousse, puisque la végétation qui n’était plus broutée constituait un stock de combustible propice aux grands feux dans les périodes sèches. Le territoire perdait alors plus de carbone qu’il n’en fixait. Avec la protection du parc naturel et le rétablissement de la population de ces bovidés, les incendies ont diminué en ampleur, et le parc est redevenu un puits de carbone.

Malgré leur faible biomasse par rapport aux végétaux, les animaux jouent un rôle important dans le cycle du carbone et leur présence dans des écosystèmes complexes contribue aux services écologiques par leur diversité. Habituellement, on parle de l’effet négatif du réchauffement climatique sur la biodiversité. Dans cet article, les auteurs nous permettent de comprendre qu’il y a aussi un effet de la biodiversité sur la lutte aux changements climatiques. En créant de nouvelles forêts ou en reboisant des territoires dégradés, on crée des conditions favorables à l’habitat d’espèces animales qui contribueront par leurs relations trophiques à l’équilibre de la biosphère.

Bien sûr, il faut aussi conserver des forêts et les gérer en tenant compte des habitats fauniques, car des forêts en santé contribuent mieux aux équilibres planétaires. Cette étude nous permet de voir comment les trois grandes conventions signées à Rio lors du Sommet de la Terre en 1992 sont complémentaires. La lutte contre la désertification et la conservation de la biodiversité vont de pair avec la lutte aux changements climatiques. En écologie, tout est lié.

Claude Villeneuve

L’économie circulaire est-elle une solution ?

En principe, l’économie circulaire est une approche systémique qui s’applique au cycle de vie et à la chaîne de valeurs des produits et des services que nous consommons pour réduire les impacts négatifs du premier et augmenter les retombées positives de la seconde. De façon caricaturale, l’économie linéaire, celle qui domine notre monde actuel, vise à produire plus au moindre coût afin de satisfaire une demande présumée infinie justifiée par les besoins d’humains avides de confort et de nouveauté. On peut ainsi réaliser des profits en maîtrisant les coûts de matériel et de main-d’oeuvre pour déclasser la concurrence, mais aussi en stimulant la demande par la publicité. Tout ce processus est linéaire, c’est-à-dire que chaque étape nourrit la suivante sans retour en arrière. C’est le modèle « extraire-fabriquer-jeter ».

La résultante est qu’on extrait de plus en plus de ressources et qu’on produit de plus en plus de déchets. Tout au long du processus, les entreprises essaient de privatiser des profits et de collectiviser les impacts négatifs, considérés comme des externalités. Cette déresponsabilisation est favorisée par la mondialisation des entreprises et des marchés. Les faibles redevances sur les ressources naturelles, l’absence de règles de protection des travailleurs ou de règles environnementales strictes deviennent des avantages comparatifs qui justifient la délocalisation des entreprises. En revanche, dans une économie circulaire, les étapes de la production, de la consommation et du recyclage sont interdépendantes et pensées en fonction d’une optimisation globale. Cela implique de nombreux changements. D’abord, il faut penser pour les consommateurs en termes de services plutôt que de biens. Il faut donc parler d’une économie de partage. Par exemple, on peut améliorer sa mobilité avec des automobiles ou des vélos qu’on utilise au besoin avec un abonnement.

Dans un tel système, la durée et la qualité des biens deviennent des facteurs de rentabilité. Ils peuvent donc être conçus pour être réparés ; et leurs composantes, pour être recyclées en fin de vie. Idéalement, le fabricant demeure propriétaire de son produit. Cela permet de créer beaucoup plus de valeur par unité produite. Dans le domaine alimentaire, il faut favoriser les chaînes d’approvisionnement courtes grâce auxquelles producteurs et consommateurs peuvent bénéficier des retombées économiques sur un même territoire et recycler les matières fertilisantes localement. Les maîtres mots sont : penser globalement le cycle de vie des produits et services, réduire les pertes et augmenter l’efficacité, responsabiliser les acteurs tout au long de la chaîne de valeur et créer un maximum de retombées positives sur le plan social, économique et environnemental.

Tout cela nécessite un réel changement de paradigme de la part des consommateurs comme des gouvernements et des entreprises. Un des chefs de file dans la promotion de l’économie circulaire est la Fondation Ellen MacArthur, créée en 2010, en Angleterre, mais on retrouve des initiatives à ce sujet un peu partout dans le monde. L’idée est belle, et il faut y travailler. Le développement durable nécessite ce changement. Mais il y a du travail à faire, car le gaspillage et la déresponsabilisation sont bien en selle !

Les modèles ont dit vrai

Les ordinateurs les plus puissants sont aujourd’hui capables de gérer des calculs qui étaient impensables il y a même vingt ans et la perspective des ordinateurs quantiques laisse croire que cette tendance n’est pas près de s’arrêter. Depuis trente ans, des équipes spécialisées, un peu partout dans le monde, ont construit des programmes qui permettent de modéliser le climat à l’échelle planétaire et son évolution en fonction de certains paramètres dictés par différents scénarios. Ces simulateurs du climat sont une sorte de « planète virtuelle » où on peut faire des expériences en modifiant, par exemple, la concentration des gaz à effet de serre dans l’atmosphère pour vérifier comment se comporteront les glaces, les précipitations ou la température des océans. À partir d’un même scénario, plusieurs modèles différents sont appelés à calculer l’évolution des paramètres d’intérêt sur des décennies, voire des siècles. Plusieurs dizaines de simulations sont ainsi produites pour permettre aux chercheurs d’appliquer des tests statistiques et se donner un intervalle de confiance pour prédire l’avenir le plus probable. Mais rien de tout cela ne vaut la vérification de terrain.

Dans la revue Science du 11 janvier 2019, un article d’une équipe sino-américaine a fait état d’un constat : le réchauffement de la couche supérieure des océans située entre 0 et 2000 mètres de profondeur, mesuré avec des balises et des satellites, confirme les prédictions qui avaient été faites dans le rapport du GIEC en 2013. Il se produit même plus rapidement que prévu.

Les océans jouent un rôle fondamental dans la dynamique des changements climatiques. En effet, 98 % de l’énergie supplémentaire qui est piégée par les gaz à effet de serre y est stockée sous forme de chaleur. C’est facile à comprendre, car l’eau a une capacité de stockage de l’énergie bien supérieure à celle de l’air. Tout le monde peut le constater en allumant un élément de la cuisinière. Si vous mettez votre main à 15 centimètres au-dessus de la plaque chauffante, vous sentirez la chaleur en quelques secondes alors que s’il y a sur la plaque une casserole avec un centimètre d’eau, il faudra plus d’une minute pour la sentir. À mesure que la surface océanique se réchauffe, l’évaporation de l’eau s’accélère et il y a transfert de la chaleur dans l’atmosphère, avec les conséquences qu’on connaît sur la violence des tempêtes et les précipitations exceptionnelles qui font la manchette chaque année. L’eau plus chaude retarde aussi la formation des glaces et sa dilatation provoque la remontée du niveau des océans. Les observations confirment non seulement ce que prédisaient les modèles, mais les données laissent croire que la situation sera pire que ce qu’on anticipait si on continue d’augmenter la concentration des GES dans l’atmosphère au rythme actuel. Les modèles ont dit vrai, malheureusement pour les sceptiques !

Trois défis pour nourrir le monde

La question n’est pas anodine, car les indicateurs de croissance démographique et de croissance économique rencontrent les indicateurs d’épuisement des ressources et de lutte aux changements climatiques, ce qui laisse présager une situation catastrophique. Jugez-en par vous-mêmes.

En 2050, il faudra, pour alimenter l’humanité, la production de 7400 billions (milliers de milliards) de calories supplémentaires chaque année, c’est-à-dire 50 % de la production totale de l’agriculture mondiale en 2010. Il faudrait aussi, si les progrès de l’agriculture se maintiennent et que la productivité des terres n’est pas affectée par la désertification ou la salinisation par exemple, 596 millions d’hectares de terres supplémentaires à cultiver. Cela représente 3,6 fois la superficie du Québec ou 60 % de la superficie du Canada dans son entier. Si l’on veut par ailleurs réaliser l’objectif de l’Accord de Paris de limiter le réchauffement au-dessous de 2 degrés, il faudrait que l’agriculture et le changement de vocation des terres qui y est associé, en raison de la déforestation et du drainage des terres humides par exemple, émettent quatre fois moins de gaz à effet de serre par calorie produite que la proportion actuelle. Décourageant ? Sans doute, mais il y a des solutions et il faut y penser tout de suite.

Le document présente sous forme d’un menu de cinq couverts, un bouquet de 22 solutions qui pourraient être mises en œuvre pour assouvir la faim du monde sans provoquer la fin du monde.

D’abord, il faut prendre des mesures permettant d’augmenter la productivité agricole et répandre le plus largement possible les innovations. Si on suit les tendances actuelles, il faudrait couper à peu près toutes les forêts tropicales restantes pour produire suffisamment d’aliments, avec bien sûr les conséquences irréversibles que cela entraînerait sur la biodiversité et les émissions de gaz à effet de serre. Il faut aussi lier l’intensification avec des programmes de protection et de restauration des forêts, marais et tourbières. Intensifier l’agriculture urbaine est aussi une bonne idée. Des cibles de réduction des émissions de GES devraient être liées à la performance des agriculteurs, par exemple avec des crédits compensatoires.

Ensuite, il faudrait décupler la croissance démographique et la demande pour les produits alimentaires. Un peu comme dans le domaine de l’énergie, il s’agit de mesures d’efficacité dans les systèmes de production et de transformation permettant de limiter le gaspillage et les pertes d’aliments tout au long de la chaîne du champ à l’assiette. Augmenter la proportion de protéines végétales dans les modes de consommation est aussi une bonne façon de faire ce découplage. Beaucoup de terres sont cultivées pour produire la nourriture des animaux que nous mangeons. Il y a là une marge de manœuvre importante.

Enfin, il faudrait augmenter la quantité de poissons disponibles dans l’alimentation, en stabilisant les débarquements de poissons sauvages et en intensifiant l’aquaculture, particulièrement de poissons végétariens. Le rendement de ces espèces est très avantageux en comparaison des autres animaux d’élevage.

Grosse commande ? Bien sûr, cela est formidablement complexe et demandera des efforts à tous les niveaux. Nous reviendrons plus en détail sur les applications pratiques de ces mesures dans de prochaines chroniques, cet hiver. Bon appétit !

Claude Villeneuve