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Individuel ou collectif?

Il suffit de voir combien nos garages et garde-robes sont encombrés pour le constater. Même si on essaie dans un souci de production et de consommation durable d’éviter les impacts environnementaux et de favoriser le recyclage, il n’en demeure pas moins qu’un mode de vie individualiste est impensable pour une population planétaire toujours croissante. Le fait que plus de la moitié de la population mondiale vive aujourd’hui dans les villes et que cette tendance s’accélèrera dans les prochaines décennies offre un certain espoir pour le développement de services en commun. Les villes doivent offrir à leurs citoyens des outils collectifs. La jeune génération semble plus ouverte à cette dynamique.

Le projet Accès libre vise à augmenter la desserte de l’UQAC et des autres institutions situées sur le plateau de Chicoutimi (CEGEP, CIUSSS) en implantant un terminus, des circuits à haute fréquence pour la Zone Talbot, la rue Racine, des stationnements incitatifs ainsi que des dessertes plus rapides et plus efficaces vers les arrondissements de Jonquière et de La Baie, y compris des navettes spéciales les soirs de party. Le terminus offrira aussi des services intermodaux comprenant entre autres des vélos et des autos électriques en location pour satisfaire un ensemble de besoins de mobilité dans la ville. Le projet envisage aussi une tarification très avantageuse pour les étudiants de l’UQAC de 40 $ par trimestre. Il y a toutefois une condition, c’est que le tarif soit universel et prélevé avec les frais d’inscription. En échange, tous les étudiants bénéficieront d’un accès illimité aux services de la STS. Toutes et tous, qu’ils les utilisent ou pas. Le regroupement des associations étudiantes MAGE-UQAC tiendra un référendum à cet effet à la mi-février. Si la majorité des étudiants se prononce en faveur de l’universalité du prélèvement, ce sera chose faite et l’UQAC réduira son tarif de stationnement de 30 $ par an pour les étudiants. Mais la partie n’est pas gagnée. On entend certains dire : « Moi je continuerai à utiliser mon auto et à payer mon stationnement, alors je ne vois pas pourquoi je paierais 10 $ de plus pour un service que je n’utiliserai pas ! » Individuel versus collectif ? Le débat est lancé.

Dans une perspective de développement durable, les bénéfices du transport en commun sont multiples. On note une augmentation de l’activité physique, donc de la santé cardio-vasculaire, une amélioration de la sécurité de la mobilité, une amélioration de l’accessibilité aux services publics et de la fluidité du trafic urbain si le taux de pénétration est suffisant. La disponibilité de services efficaces de transport en commun réduit d’autant la nécessité d’avoir une automobile individuelle. Sans compter la réduction des émissions de gaz à effet de serre et d’autres polluants atmosphériques précurseurs du smog par kilomètre-passager lorsque l’occupation des véhicules est suffisante.

La contribution universelle est un peu comme l’assurance maladie. Tout le monde paye sa cotisation même s’il n’a pas de maladie. La participation de tous permet de maximiser les bénéfices collectifs et d’aider ceux qui en ont besoin. C’est le thème majeur du Programme de développement durable à l’Horizon 2030. En ce sens, il sera intéressant de voir le résultat du référendum. Si nous sommes réellement dans une période de transition socioécologique, il sera clairement positif.

Des goulots d’étranglements

Un rapport récent, produit par le Royal Institute of International Affairs (https://www.chathamhouse.org/), un groupe britannique de recherche, s’intéresse aux goulots d’étranglement dans le commerce alimentaire mondial et leurs effets sur la sécurité alimentaire dans les prochaines décennies. Cette approche est très intéressante et elle nous permettra d’illustrer ce qu’est l’ASD.

La sécurité alimentaire consiste à offrir à tous les humains un approvisionnement alimentaire suffisant, de bonne qualité et abordable de telle manière que chacun puisse mener une vie saine et productive. On voit tout de suite les liens avec l’ODD 1 qui vise à éliminer la pauvreté, l’ODD 3 qui traite de santé et l’ODD 4 qui traite de l’éducation. Mais qu’en est-il de l’énergie, de la réduction des inégalités, des infrastructures, de la conservation des écosystèmes terrestres et marins, de la paix, de la justice et du partenariat international qui font aussi partie de la liste? Regardons de plus près.

Le rapport identifie des goulots d’étranglement qui sont essentiellement des routes du commerce international des denrées alimentaires, en particulier des réseaux terrestres, des ports et des routes maritimes permettant d’acheminer les aliments vers les marchés de consommation. Il identifie aussi trois facteurs qui augmentent la vulnérabilité de ces goulots d’étranglement : 1. la dépendance croissante de certains marchés aux exportations, 2. les changements climatiques et 3. les risques de conflits politiques ou armés. Les éléments identifiés comme goulots d’étranglement peuvent devenir non fonctionnels et priver des populations entières d’approvisionnement alimentaire pour des périodes indéterminées, ce qui engendrerait des crises difficiles à gérer. Par exemple, les risques associés aux événements climatiques extrêmes pourraient interrompre l’exportation du soya brésilien vers le reste du monde, soit en raison de mauvaises récoltes, de routes coupées ou d’infrastructures portuaires rendues inopérantes. Certaines routes maritimes sont aussi sujettes à des risques de conflits armés, par exemple le canal de Suez. L’été dernier, des tensions politiques ont stoppé 40% de l’approvisionnement alimentaire du Qatar pendant presque deux mois. Les recommandations des auteurs du rapport interpellent donc différents niveaux de gouvernance pour anticiper les problèmes et mettre en place des actions pour les prévenir.

Les recommandations sont d’augmenter massivement les investissements dans les infrastructures qui constituent actuellement des goulots d’étranglement pour s’adapter aux changements climatiques et intégrer cette réalité dans les analyses prévisionnelles, renforcer des mécanismes de l’Organisation mondiale du commerce pour éviter les tarifs douaniers ou les tarifs compensatoires. Enfin, le rapport recommande d’organiser mieux la répartition des réserves stratégiques de céréales et de préparer des plans de mesure d’urgence internationaux pour faire face à des crises éventuelles.

Comme on le voit, l’atteinte de la sécurité alimentaire interpelle la majorité des ODD et ne peut se résumer à simplement produire plus d’aliments. La recherche des goulots d’étranglement, des synergies et des antagonismes entre les actions posées pour atteindre l’une ou l’autre des cibles des ODD ici ou ailleurs dans le monde est nécessaire pour mieux comprendre le développement durable. Étudier l’ensemble du système, voilà l’objectif de l’ASD.

Enfin un peu de prudence

À l’instar de la morue des bancs de Terre-Neuve et du golfe du Saint-Laurent, de très nombreux stocks de poissons considérés jadis comme abondants ont régressé en dessous du seuil économique d’exploitation. Des flottes de bateaux-usines écument les stocks de poissons au-delà des limites territoriales de la plupart des pays et utilisent des techniques toujours plus efficaces pour alimenter la demande mondiale. Il est d’autant plus difficile de gérer correctement la pêche que les juridictions des pays ne s’appliquent pas au-delà de 200 kilomètres des côtes et que plusieurs pays n’ont pas les moyens de sévir contre les braconniers. Daniel Pauli, scientifique de l’année 2016 de Radio-Canada, a consacré sa carrière à dénoncer ces abus destructeurs.

Avec le réchauffement climatique, la banquise de l’océan Arctique présente de moins en moins d’obstacles pour la navigation. Et cela va s’accélérer dans les prochaines décennies. Les stocks de poissons qui sont actuellement pêchés dans l’Atlantique Nord ont commencé à migrer vers le pôle. Il y a fort à parier que les bateaux vont suivre. Sans une réglementation sévère, il est plus que probable que les stocks de poissons présents dans l’océan arctique vont subir une pression de pêche qui risque de les faire disparaître à leur tour, victimes de prises accidentelles ou de l’écrémage dans les eaux internationales. Mais il est encore possible d’agir pendant que la banquise reste un obstacle et faire des études scientifiques pour connaître la dynamique des espèces de poissons de l’océan arctique et leur capacité de subir un prélèvement sur une base durable. C’est un message qui a été lancé dès 2012 par un groupe de 2 000 scientifiques de 67 pays.

Il semble que ce message a été entendu, car le 30 novembre, un groupe de 10 pays qui bordent l’océan Arctique ont signé un moratoire jusqu’en 2033 sur la pêche dans une zone grande comme la Méditerranée (2,8 millions de kilomètres carrés) entourant le Pôle Nord. Après des années de discussions, cet accord a été conclu à Washington par les États-Unis, l’Union européenne, la Russie, la Chine, le Canada, la Norvège, le Groenland, l’Islande, le Japon et la Corée du Sud. Il sera automatiquement renouvelé en 2033, puis tous les 5 ans, jusqu’à un éventuel plan de gestion de la pêche dans la région. Le moratoire permettra aux scientifiques de connaître quelles espèces halieutiques se trouvent dans les eaux internationales et s’il est possible de les exploiter de façon durable.

Voilà une façon logique et responsable de préparer le futur. Les objectifs 13 et 14 du Programme de développement durable à l’Horizon 2030 traitent respectivement de l’adaptation aux changements climatiques et de la conservation des ressources océaniques. Avec un tel moratoire, les pays prennent la responsabilité de connaître pour mieux gérer, ce qui relève du principe de précaution.

La pêche dans l’océan Arctique n’était jusqu’à maintenant qu’un fantasme. Avec le réchauffement inéluctable du climat, cela deviendra possible. Il ne faut surtout pas laisser libre cours aux pratiques de l’économie traditionnelle des pêches si on veut pouvoir la pratiquer longtemps. C’est rassurant de constater qu’on fera enfin preuve d’un peu de prudence !

Légal mais immoral

Les impôts et les taxes qui alimentent les caisses gouvernementales et municipales servent à redistribuer la richesse, à investir dans de meilleures infrastructures et à donner aux citoyens des services de qualité. Dans une optique de développement durable, cela répond à la majorité des 17 objectifs de développement durable des Nations Unies. Les gouvernements et les municipalités ont une énorme responsabilité pour assurer la qualité de vie des citoyens et maintenir le patrimoine naturel et culturel. C’est une justice basée sur un principe éthique : les humains sont tous égaux et la société doit prendre soin de chacun. Échapper au fisc ou détourner l’argent des contribuables revient au même. Cela impose une surcharge à payer aux honnêtes gens et prive les moins nantis d’occasions d’améliorer leur sort.

Mais il existe des gens pour qui cela importe peu. En rédigeant des contrats blindés comportant des avantages injustifiés, des avocats et notaires très professionnels ont réussi à respecter la loi tout en en contournant l’esprit. Tout ouvrier mérite son salaire disait-on autrefois, mais à Saguenay, il n’y aura aucun travail fourni pour les quelques millions octroyés aux amis de Jean Tremblay. C’est légal, mais immoral. Par surcroît, on a augmenté scandaleusement la dette de la ville sous prétexte de ne pas augmenter les taxes. Mais qui va payer la dette ? Ce sera aux suivants de casquer. L’administration Tremblay a ajouté l’insulte à l’injure. Le citoyen d’abord ? Laissez-moi rire !

Les Paradise Papers nous montrent les dessous de l’évasion fiscale. Les mieux nantis de la planète détournent du fisc des centaines de milliards de dollars annuellement avec l’aide de banquiers et d’avocats qui respectent les lois, mais en violent l’esprit là aussi. Ils en font même une industrie, par l’intermédiaire de grands cabinets comptables. Curieusement, c’est le genre de sommes dont les gouvernements auraient besoin pour garnir le fonds vert du climat destiné aux pays en voie de développement pour s’adapter aux changements climatiques. Mais les États n’ont pas accès à ces fonds, ils ne profitent qu’aux millionnaires et aux milliardaires qui en demandent toujours plus. Beau travail messieurs les fiscalistes. Même le mal se fait bien !

Si on veut progresser un jour vers une forme de développement plus durable, il faudra rétablir une éthique qui interdise ce genre de pratiques, tant chez les professionnels du droit, de la comptabilité et de la finance que chez les élus de tous les niveaux. Notre grille d’analyse de développement durable comprend une dimension éthique qui vise notamment l’équité, la responsabilité, l’imputabilité, la solidarité avec les générations actuelles et futures. Si on l’avait utilisée à Saguenay ou dans les cabinets comptables avant de procéder à ces détournements de fonds légaux, les choses auraient sans doute été différentes. Le développement durable, ce n’est pas seulement la protection de l’environnement. Pour satisfaire aux besoins des plus démunis, il ne suffit pas de donner quelques dollars dans une guignolée. C’est une façon de penser différente qu’il faut implanter dans tous les cas de figure. Il ne faut pas juste se demander si c’est légal.

Le côté sombre de l’électronique

L’électronique est omniprésente dans le monde moderne. Elle nous rend d’immenses services, mais un jour ou l’autre, question de mode, d’obsolescence (planifiée ou non) ou simplement parce qu’il en coûte moins cher d’acheter du neuf que d’aller voir le réparateur, tous ces appareils deviendront des déchets et finiront au rebut. Selon un rapport des Nations Unies, The Global E-waste Monitor 2017, paru le 13 décembre, ce sont 45 millions de tonnes de déchets d’équipements électriques et électroniques (DÉÉÉ) qui ont été gérés dans le monde en 2016, une hausse de 8% par rapport à 2014. Chaque Terrien produit en moyenne 6,1 kilogrammes de DÉÉÉ par année !

Cela est d’autant plus dramatique que, malgré les injonctions à la prudence et à la mise en œuvre de moyens de prévention comme l’éco-conception et le recyclage, le phénomène qu’on voyait venir depuis plus de vingt ans est en pleine explosion. Seulement 20% de cette production est réellement collectée et recyclée. Pour les 80% restants c’est le flou total puisqu’aucune donnée précise n’est disponible. Cela veut dire en clair qu’ils disparaissent dans la nature, les lieux d’enfouissement et les incinérateurs… Or les DÉÉÉ contiennent des minéraux rares et produisent des substances toxiques lorsqu’ils ne sont pas correctement traités.

Au Québec, cette question se pose depuis un certain temps. Il y a dix ans déjà, certains centres comme le Carrefour Environnement Saguenay se sont intéressés au domaine et ont développé une expertise dans le démantèlement, la remise en état, la revente d’appareils et le recyclage des composantes hors d’usage et des matériaux valorisables dans les déchets électroniques. Aujourd’hui, ARPE-Québec est un organisme à but non lucratif reconnu par RECYC-QUÉBEC qui a pour mandat de récupérer et de valoriser les produits électroniques en fin de vie utile au Québec. Le Carrefour Environnement Saguenay reçoit les appareils hors d’usage de tout l’est du Québec.

Alors quoi faire ? Sur le site de Recyc-Québec, on peut consulter la page «On en prend soin» (http://onenprendsoin.recyc-quebec.gouv.qc.ca/produits-electroniques/) qui indique à quel endroit et quels DÉÉÉ peuvent être disposés pour le recyclage et le traitement. C’est bien, mais dans un monde idéal, il faut réduire à la source les DÉÉÉ comme les autres déchets. La première chose à faire est de se poser la question du besoin réel. Est-ce que j’achète bien le bon appareil pour mes besoins ?

Même si un appareil peut paraître séduisant dans la publicité, si on ne l’utilise pas à plein, son prix réel par heure d’utilité se met à augmenter tout comme l’impact relatif de sa fabrication et de sa disposition. Contrairement à l’automobile, dont la majorité des impacts se trouvent dans sa phase d’utilisation, l’impact des appareils électroniques réside dans les étapes de production et de disposition comme c’est le cas pour les meubles ou les vêtements.

Par exemple, la durée de vie moyenne d’un téléphone portable est de moins de deux ans. Si on prolonge sa vie utile de six mois, on diminue son impact relatif de 25%, si on le garde un an de plus, on réduit l’impact jusqu’à 40%. Les appareils électroniques sont des composantes de la vie moderne et ils nous rendent de grands services, mais personne ne doit ignorer le côté sombre des DÉÉÉ. Espérons que cette chronique aura su l’éclairer un peu !

Le Canada paraît mal!

L’objectif de ces examens est de donner une image impartiale de la performance des pays membres et d’instaurer un dialogue avec les gouvernements dans un processus d’amélioration continue.

Le verdict est inquiétant : « … le pays a découplé sa croissance économique de diverses sources de pressions environnementales. Il reste néanmoins confronté à plusieurs défis liés à la consommation élevée d’énergie et de ressources, aux importantes émissions de gaz à effet de serre et aux pressions locales exercées sur la biodiversité et les ressources hydriques. » Le rapport souligne aussi que de nombreuses collectivités autochtones ne bénéficient pas d’un accès égal à certains services essentiels et se trouvent davantage exposées aux risques environnementaux.

En effet, nous avons continué à augmenter nos émissions de gaz à effet de serre, particulièrement pour l’exploitation des sables bitumineux et dans le domaine du transport. Des grandes villes comme Montréal et Vancouver ne sont pas équipées d’installation d’épuration des eaux de pointe et de nombreuses collectivités autochtones sont confrontées à des conditions de vie dignes du tiers-monde.

Pour une économie qui figure au dixième rang des pays membres de l’OCDE, le Canada est le quatrième plus grand émetteur de gaz à effet de serre et ses émissions ne semblent pas s’infléchir. En effet, nous émettons 20 % plus qu’en 1990 malgré qu’il faudrait que nous soyons à 20 % de moins en 2020 pour contribuer à l’effort mondial.

Reconnaissant les intentions affichées par le nouveau gouvernement d’imposer une tarification du carbone à partir de 2018 et de se donner un cadre pour une croissance propre, le rapport contient néanmoins 46 recommandations adressées au gouvernement fédéral et aux provinces pour améliorer leur performance. Car si les intentions sont une chose, l’action en est une autre.

Dans le domaine des déchets, la situation n’est pas vraiment brillante. À peine 25 % des matières résiduelles sont dirigées vers le recyclage et le compostage. Le reste est enfoui ou incinéré et nous sommes parmi les plus grands producteurs de déchets per capita au monde, ce qui nous range parmi les plus mauvais de l’OCDE. L’utilisation des pesticides en agriculture a beaucoup augmenté depuis 2000 (40 % de plus dans les cinq dernières années) alors que l’usage d’engrais azotés a crû deux fois plus vite que la production agricole, ce qui est le plus mauvais score de l’OCDE.

Bien sûr, cela ne peut qu’affecter la qualité de l’eau de surface. On le remarque en particulier dans le lac Winnipeg, les Grands Lacs et le fleuve Saint-Laurent. Quant à l’objectif de protéger 17 % de la superficie des terres et 10 % du littoral en 2020, les examinateurs concluent que ce sera virtuellement impossible d’y arriver.

Bref, le Canada paraît mal. Bien sûr, la période examinée a été dominée par le gouvernement Harper, mais bien des prérogatives environnementales appartiennent aux provinces dont les gouvernements n’ont pas tellement brillé dans le domaine. Il est intéressant de lire cet examen environnemental. Cela nous montre qu’il reste beaucoup de travail à faire. L’année 2018 nous promet des défis intéressants. Ce serait bien que nous puissions mieux faire la prochaine fois !

Des gains faciles

Un rapport de l’OCDE de la série « Examens environnementaux » paru le 19 décembre montre que le Canada, en dépit de ses beaux discours, n’atteindra pas ses cibles en raison de la croissance de ses émissions dans le domaine de l’exploitation des sables bitumineux et du transport. Le Québec n’est pas non plus en reste alors qu’il est très loin de sa cible de -20 % en 2020 et encore plus de la cible annoncée à Paris en 2015 de réduire ses émissions de 37,5 % en 2030. Pourtant il existe des moyens plus faciles que d’autres pour réduire significativement nos émissions de gaz à effet de serre, avec des moyens techniques bien maîtrisés et au bénéfice de l’économie des régions forestières du Québec. La substitution du mazout par de la biomasse forestière résiduelle dans le chauffage des institutions ou dans des chaufferies communautaires figure au premier rang de ces options faciles à mettre en œuvre.

L’exploitation forestière laisse sur les parterres des quantités importantes de bois dont l’industrie ne trouve pas usage, soit parce que le diamètre des tiges ne permet pas le sciage ou parce que les arbres ont été affectés par les insectes. Ces bois résiduels présentent un potentiel énergétique important qui peut permettre de remplacer le pétrole ou le gaz naturel avantageusement, surtout si on considère la réduction des gaz à effet de serre. Il y a plusieurs hôpitaux qui ont installé des chaufferies utilisant la biomasse forestière. Il y a deux ans, nous avons fait l’analyse de cycle de vie de ce genre d’initiative pour l’hôpital d’Amqui, dans la Matapédia. Les résultats étaient impressionnants : même si l’hôpital n’utilisait que 10 % de mazout pour 90 % d’électricité, la conversion de la chaudière pour la biomasse forestière résiduelle produite localement par la coopérative forestière était non seulement rentable, mais permettait des réductions significatives d’émissions de GES. Selon Vision Biomasse Québec, à l’horizon 2025, le potentiel de réduction pour le Québec hors Montréal serait de 1 million de tonnes de CO2 par année, soit 1,3 % des émissions totales de l’inventaire. En Europe, le chauffage à la biomasse fait partie des stratégies de réduction des émissions de GES, pour les chauffages collectifs et même pour certaines centrales thermiques au charbon.

Pour l’économie locale, la production de carburants de biomasse comme les plaquettes ou les granules est un facteur de création d’emplois et pourrait contribuer à diminuer la balance commerciale du Québec de 225 millions de dollars par année que nous coûtent les importations de mazout, de propane et de gaz naturel.

Dans le contexte de la fermeture de la centrale de chauffage de Chicoutimi, il est étonnant qu’on semble avoir écarté le chauffage à la biomasse forestière résiduelle pour préférer de plus petites unités alimentées au gaz naturel. Bien sûr, les équipements alimentés au gaz naturel coûtent moins cher à l’installation et demandent peu d’entretien. Mais le coût des combustibles fossiles va augmenter rapidement avec l’imposition par Ottawa d’un prix de la tonne d’émissions qui devrait atteindre 50 $ en 2022. Je ne sais pas si cela a été intégré dans les calculs. En outre, les cendres d’une centrale alimentée à la biomasse forestière peuvent être utilisées comme amendements pour l’agriculture, un élément intéressant en termes de développement durable. Il serait important que cette option soit étudiée plus avant. La Chaire TERRE du Cégep de Jonquière a développé une grille de développement durable spécialisée pour les fournitures d’énergie renouvelable. Ce serait peut-être une bonne idée de l’utiliser avant d’aller plus loin.

Choisir le bon indicateur

Les Russes avaient gagé, en regardant l’activité solaire prévue entre 2012 et 2017, que les six années allaient être moins chaudes que les six années entre 1998 et 2005, qui représentaient jusqu’alors la période la plus chaude enregistrée depuis 1880. Prévoyant que l’activité solaire serait faible, ils gagèrent 10 000 $ sur leur hypothèse alors que l’Anglais, sur la foi des prévisions de l’évolution des émissions de gaz à effet de serre (GES) mondiales, affirmait que la moyenne des températures globales serait plus chaude. Le site de l’Agence américaine de l’atmosphère et des océans (https ://www.ncei.noaa.gov) a été choisi par les deux parties comme référence.

Au moment d’écrire ces lignes, le 3 janvier 2018, les chiffres officiels pour la moyenne climatique 2017 n’étaient pas encore mise à jour pour le mois de décembre. Toutefois, il est d’ores et déjà acquis que l’année 2017 se range comme la troisième plus chaude de l’histoire, précédée par 2016 et 2015. L’Anglais pourra donc collecter son argent dès la semaine prochaine.

Cette anecdote me permet d’enfoncer encore un peu le clou des climato-sceptiques qui affirment encore que les variations du flux solaire sont la principale explication au réchauffement climatique observé depuis les années 1980. Bien sûr, l’énergie lumineuse qui nous provient du soleil est la principale source d’énergie qui constitue le moteur des phénomènes climatiques. La chaleur ressentie vient de l’absorption de la lumière par les corps colorés et sa réémission sous forme de chaleur. Mais c’est la composition de l’atmosphère en GES qui détermine jusqu’à quel point cette chaleur restera dans l’atmosphère. Les réactions de fusion nucléaire qui se produisent dans le soleil connaissent certaines variations qui se traduisent par le cycle des taches solaires. Donc, la quantité d’énergie qui nous parvient du soleil est un peu moins grande ou un peu plus grande (de l’ordre de 0,1 %). On peut trouver des informations à ce sujet dans l’encyclopédie de l’environnement (http ://www.encyclopedie-environnement.org/climat/variabilite-de-activite-solaire-impacts-climatiques/)

En revanche, les humains émettent chaque année de l’ordre de 50 milliards de tonnes (CO2 équivalent) de GES, dont environ la moitié ne peuvent être absorbés par les puits naturels, au premier chef les océans et les forêts. L’atmosphère s’enrichit donc chaque année de ces gaz qui retiennent la chaleur réémise par la surface terrestre éclairée par le soleil. Ce phénomène a été décrit au 19e siècle et les mesures de la concentration des GES dans l’atmosphère montrent une augmentation systématique et directement mesurable depuis 1958. Les modélisateurs du climat utilisent donc l’évolution de la concentration des GES comme facteur principal pour prédire l’évolution future du climat. C’est le meilleur indicateur et notre Anglais a bien fait de lui faire confiance pour prendre son pari.

L’hiver a jusqu’à maintenant été plus froid que la moyenne dans l’Est de l’Amérique du Nord. L’ineffable président des États-Unis en a profité pour remettre en doute l’existence des changements climatiques. Sa crédibilité scientifique étant ce qu’elle est, cela ne porte pas trop à conséquence. En revanche, s’il vous reste un mon oncle climato-sceptique ou un animateur de radio qui dit la même chose, pourquoi ne pas prendre un pari sur les moyennes de température globale de la prochaine période de faible rayonnement solaire ?

Sachant que les engagements des pays dans l’Accord de Paris sont très en dessous des efforts nécessaires pour stabiliser le climat au 21e siècle, c’est un pari gagné d’avance si vous choisissez le bon indicateur. Misez gros !

Chaud-froid

L’explication proposée par les auteurs de l’étude est fort intéressante. L’Arctique est la région qui se réchauffe le plus rapidement sur la planète. Depuis près de 40 ans qu’on mesure la surface des glaces par satellite sur l’océan arctique, celle-ci diminue constamment à la fois en épaisseur et en étendue. Résultat ? La surface d’eau libre permet que l’énergie solaire, au lieu d’être reflétée en été par un couvert blanc, est absorbée par un océan bleu. Plus d’énergie, donc plus de chaleur. Plus de chaleur emmagasinée dans l’eau retarde la prise des glaces à l’automne. Jusque là, ce n’est pas sorcier. Mais pour fabriquer la glace, il faut que l’énergie de l’eau soit transférée dans l’atmosphère. L’Arctique connaît donc des automnes plus doux qu’autrefois. Et c’est là que le bât blesse. En effet, à l’automne se met en place un courant d’air dans la stratosphère (plus de 15 kilomètres d’altitude). Ce courant circulaire (appelé vortex polaire) qui fait le tour de la planète tend à créer une zone de haute pression qui explique que l’air très froid reste emprisonné au-dessus de la région polaire pendant l’hiver. C’est du moins ce qui se passe habituellement.

Avec le réchauffement de la région arctique depuis 40 ans, le vortex polaire s’affaiblit. Au lieu d’être circulaire, il fait des ondulations. Des poches en quelque sorte. Et c’est ainsi que des masses d’air qui autrefois étaient confinées aux plus hautes latitudes de l’hémisphère nord descendent vers chez nous et, à la faveur des dépressions tropicales qui affectent l’Atlantique, nous amènent des temps froids et venteux. L’explication rassure, mais ne réchauffe pas !

En effet, il n’y a rien de catastrophique pour nous qui sommes adaptés à l’hiver. Pour certains, c’est désagréable parce qu’ils sont mal habillés (à qui la faute ?). Pour d’autres, rien de plus pressé que d’arroser la glace pour la faire épaissir. Il faut reconnaître qu’il y a des priorités dans la vie. La pêche sur la glace en est clairement une.

Selon l’article, le vortex polaire fait beaucoup plus de poches depuis 40 ans. Donc, lorsque cela se produit, il y a des périodes où l’hiver ressemble plus à l’hiver. Malheureusement ou heureusement, les hivers moyens continueront d’être toujours plus chauds, avec de temps en temps une longue période qui donnera le goût de se construire un igloo.

Depuis plusieurs années, les pêcheurs pestent parce que la glace tarde à épaissir. N’allons pas les contrarier cette année ! Une fois n’est pas coutume. Et, pour ceux et celles qui se plaignent du froid, rappelez-vous qu’il n’y a pas de mauvais temps, il n’y a que de mauvais vêtements. Vendredi, je regardais mes petits enfants jouer dans la neige. Ils n’avaient surtout pas froid !

Nous avons des fabricants de vêtements de plein air dans la région et au Québec qui équipent des expéditions polaires et des alpinistes. Pourquoi ne pas faire rouler l’économie locale ?

Pour apprécier l’hiver pendant qu’il en reste, suivez le conseil de l’Abominable Charles des Neiges (deux ans et demi) et allez jouer dehors. Ça vous donnera des couleurs.

Une augmentation de solaire?

La diminution du coût des panneaux solaires n’est pas le seul facteur en compte dans cette dynamique. Le développement de micro réseaux électriques est en pleine expansion, dans des milieux isolés, mais aussi à l’échelle expérimentale dans des villes, par exemple New York et Boston, où on teste la notion de réseaux intelligents combinant la production d’électricité de source renouvelable, le stockage dans des batteries lithium-ion, la domotique et les automobiles électriques. Il devient ainsi possible de prétendre à une autonomie ou à une quasi-autonomie énergétique, à condition naturellement de disposer de la technologie. D’autre part, l’efficacité énergétique de l’enveloppe des bâtiments et de l’appareillage installé doit être maximisée, sans quoi il y a peu de chances que ce genre de système soit économiquement viable.

Dans sa stratégie de transition énergétique, le Québec s’est fixé des objectifs ambitieux : par exemple, d’ici 2030 il faudrait améliorer de 15 % l’efficacité énergétique, augmenter de 25 % la production d’énergie renouvelable et augmenter de 50 % la production de bioénergie. Si cela se réalisait, il est bien certain qu’Hydro-Québec devrait ajuster son portefeuille de projets. Les grands développements hydroélectriques ne seront plus justifiés, puisque la demande va diminuer plus vite que la croissance de l’économie. Et cela, même si on procède massivement à l’électrification des transports. En effet, l’automobile électrique consomme beaucoup moins que son homologue à essence. Pour sa part, l’implantation d’industries grandes consommatrices d’électricité exige à la fois de l’énergie et de la puissance. Cela ne pourrait qu’augmenter les coûts marginaux de production. En effet, s’il est facile de moduler la puissance d’une centrale hydroélectrique (tant qu’on dispose de réserves d’eau) il est beaucoup plus compliqué d’obtenir la puissance sur demande avec des centrales solaires ou des parcs éoliens, qui doivent reposer sur le réseau pour équilibrer les fluctuations naturelles de l’ensoleillement et du vent.

Le modèle dominant de la fourniture énergétique va changer partout dans le monde dans le contexte de la lutte aux changements climatiques, et ce, d’autant plus qu’on produit de l’électricité à partir de combustibles fossiles. Il est fort probable que les coûts des appareils servant à la production d’énergie à partir de sources renouvelables (vent, solaire, hydraulique, biomasse, géothermie) vont diminuer à mesure que la production de masse va les rendre plus efficaces. Au Québec toutefois, nous disposons déjà de sources d’électricité renouvelable à 99 %. C’est difficile de faire mieux. Il y a très certainement une place pour l’autoproduction à partir de panneaux solaires, mais la pression se fait moins sentir ici qu’ailleurs.

Qu’Hydro-Québec s’inquiète de son modèle d’affaires à l’horizon 2030, c’est sain. Mais il est peu probable que la transition se fasse de façon si brutale qu’on ne puisse s’y préparer. Le parc de maisons neuves n’augmente pas si vite et il n’y a qu’une faible proportion des propriétaires qui adoptent l’autoproduction. Les batteries de forte puissance sont encore des prototypes. Hydro-Québec a encore de beaux jours devant elle.