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Un problème émergent

En employant ces semences, l’agriculteur peut éliminer les mauvaises herbes rapidement des cultures comme le maïs ou le colza. Apparu en 1974 sous brevet de la compagnie Monsanto, il est rentré dans le domaine public en 2000 et est produit depuis par plusieurs autres compagnies. Le glyphosate tue les plantes en les empêchant de fabriquer des molécules qui leur sont indispensables pour leur métabolisme. Les plantes génétiquement modifiées disposent d’enzymes bactériennes qui leur permettent d’utiliser une voie métabolique qui n’est pas affectée par l’herbicide pendant quelques jours. Elles survivent donc à l’épandage pendant la dégradation de l’herbicide et couvrent complètement le terrain par la suite, ce qui réduit la nécessité pour l’agriculteur d’effectuer du sarclage ou du hersage.

Ces jours-ci, en Europe, le glyphosate fait débat. De nombreux pays veulent en interdire l’utilisation d’ici moins de 10 ans. Les raisons invoquées sont doubles. D’abord, le Centre international de recherche sur le cancer, une division de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), a classifié en 2015 le glyphosate comme « cancérigène probable ». Par ailleurs, des documents obtenus en marge d’un procès en cours aux États-Unis par le journal Le Monde ont justifié une série d’articles montrant que l’entreprise Monsanto avait rémunéré des scientifiques pour produire, sous leur nom, des études écrites partiellement par des employés de l’entreprise. Ces textes ont pu tromper les autorités sanitaires.

Cette tricherie explique peut-être qu’en 2016, un panel d’experts de la FAO et de l’OMS a conclu qu’il est improbable que le glyphosate soit cancérigène par voie alimentaire, comme plusieurs agences de sécurité sanitaire, de protection de l’environnement ou d’agriculture dont Santé Canada qui a statué sur le sujet en avril dernier. Il n’en fallait pas plus pour que certains groupes lèvent des doutes sur la fiabilité de leurs conclusions. Jusqu’à nouvel ordre, le caractère cancérigène probable du glyphosate demeure donc un élément sérieux pour qu’on réclame son interdiction. Cela ne fait pas nécessairement l’affaire des agriculteurs.

Les parlementaires européens ont beaucoup de mal à s’entendre sur ce dossier. Nicolas Hulot, le ministre de l’écologie français veut bannir le produit d’ici trois ans. On pense que la Commission européenne le bannira d’ici 5 à 10 ans. Aux États-Unis et au Canada la question ne semble pas à l’ordre du jour. Pourtant nous sommes de beaucoup plus gros utilisateurs de glyphosate que les Européens et les champions dans le domaine sont toujours le Brésil et l’Argentine.

Cancérigène ou pas, le glyphosate utilisé massivement a favorisé l’apparition de « super mauvaises herbes » résistantes, avec lesquelles plusieurs agriculteurs ont des problèmes. Il existe bien des solutions, mais l’expérience nous montre que l’efficacité de cet herbicide ira en décroissant dans les prochaines années.

L’histoire du glyphosate illustre bien les défis d’une agriculture durable. Ce produit miracle a été répandu partout. On a fait fortune avec des plantes qui en sont dépendantes dans la régie agricole. Beaucoup d’agriculteurs se demandent comment ils pourraient faire autrement. Mais on se rend compte que le glyphosate persiste plus longtemps que ce que prétendait son fabricant et que ses traces se retrouvent dans le sol, dans l’eau et dans la nourriture. Devrions-nous attendre d’être sûrs de son innocuité avant de songer à s’en passer ? Les solutions alternatives sont connues, pourquoi ne pas les appliquer ?

Claude Villeneuve

Des croisières qui réchauffent

La flotte maritime mondiale regroupe environ un demi-million de bateaux, des cargos aux paquebots qui promènent les touristes un peu partout sur les sept mers. S’il est facile de calculer la consommation de carburant d’un bateau et de déduire les émissions de gaz à effet de serre qui en résultent, évaluer la situation globale des émissions de la marine est d’autant plus difficile que les entreprises qui les exploitent ne sont pas tenues de faire des inventaires et que les émissions ne sont pas comptabilisées dans le bilan des pays où ils sont immatriculés. On estime néanmoins que la flotte commerciale produit plus d’un milliard de tonnes de CO2, c’est-à-dire entre 2 et 3 % du total des émissions mondiales. C’est plus que le Canada dans l’ensemble de ses activités. Or, il n’existe aucune mesure pour mettre un plafond sur ces émissions. C’est un sujet qui a été discuté lors de la dernière réunion de l’Organisation maritime internationale (OMI), une agence des Nations Unies qui propose des normes de sécurité et d’environnement pour la marine marchande. En effet, les armateurs sont allergiques aux réglementations. Ils préfèrent nettement les mesures volontaires. Or dans ce domaine, les mesures volontaires se sont avérées particulièrement inefficaces dans le passé.

L’OMI dispose d’un groupe de spécialistes qui ont proposé l’idée d’un système de marché du carbone basé sur le principe du plafonnement des émissions et des échanges de crédits résultant de leur réduction. Malheureusement, la dernière réunion de l’OMI n’a pas reçu cette proposition avec beaucoup d’enthousiasme. On veut bien proposer des normes d’efficacité énergétique pour les nouveaux navires, mais des choses aussi simples que la réduction de la vitesse, le nettoyage plus fréquent des coques et autres mesures permettant de réduire la consommation de carburant ne sont pas à l’ordre du jour. Évidemment, un système de plafonnement et d’échanges serait difficile à mettre en place et à vérifier. En revanche, des mesures aussi simples que l’imposition d’une taxe carbone sur le carburant des bateaux permettrait de stimuler la bonne volonté des armateurs. Malheureusement, il faudrait que cette taxe soit imposée dans tous les pays à la même hauteur pour éviter des distorsions du marché.

Le problème est important et la solution ne viendra pas d’elle- même. En revanche, supposons qu’on travaille à responsabiliser les usagers. Dans une croisière, selon le bateau et le nombre de passagers, la consommation quotidienne de carburant varie entre 100 et 400 litres de mazout par personne transportée. Cela veut dire qu’une croisière génère pour chaque passager entre une tonne et cinq tonnes de CO2. La première étape ne serait-elle pas d’offrir aux voyageurs d’acheter des crédits compensatoires pour réduire ou effacer leur empreinte carbone, à l’instar de ce que font certaines compagnies aériennes ?

Cela pourrait se faire par l’organisateur de croisières, par le port ou par le capitaine. Rêvons un peu. Promotion Saguenay pourrait proposer aux croisiéristes qui s’arrêtent à La Baie de compenser leurs émissions avec Carbone boréal (http ://carboneboreal.uqac.ca), leur permettant ainsi de réduire leur empreinte écologique tout en contribuant à la recherche. Ce serait une façon intelligente de mettre en valeur notre région, notre université et de contribuer au développement durable.

Une conférence «indicateur»

L’inquiétude était patente dans les travaux préparatoires. Il s’agit en effet de la première conférence de l’ère Trump. Le président américain, élu en novembre dernier ayant annoncé en juin 2017 que les États-Unis se retiraient de l’Accord de Paris, le résultat des négociations de cette nouvelle conférence sera un test pour le reste des pays signataires. L’enjeu est majeur, car si les États-Unis réussissent à faire déraper le processus, les chances de parvenir à un résultat concret dans un avenir prévisible seront amenuisées d’autant.

Rappelons que l’Accord de Paris, adopté en décembre 2015 est entré en vigueur en novembre dernier, après que 195 pays l’aient ratifié. La CdP 23 a pour objectif d’adopter une première série de mesures faciles pour contribuer à limiter l’augmentation de la température moyenne planétaire à moins de 2 degrés, de préférence à 1,5 degré, ce qui est considéré par plusieurs comme impossible. Pour parvenir à ce résultat, toutes les grandes économies de la planète doivent très rapidement réduire et éliminer avant 2050 l’ensemble des sources d’émissions de gaz à effet de serre dans le domaine de l’énergie, des transports, de l’agriculture et de la production de matériaux de construction comme le ciment, sans oublier d’arrêter la déforestation. Pas facile… surtout que l’Accord de Paris est basé sur des engagements volontaires qui sont actuellement loin de permettre d’atteindre la cible.

Dans les réunions préparatoires, l’une à Postdam sur les impacts des changements climatiques et l’autre à Berlin sur la géo-ingénierie, les scientifiques ont tenté de faire le point respectivement sur les risques et sur des pistes de solution encore hypothétiques. Leurs messages seront sans doute répercutés à Bonn. En revanche, c’est l’enjeu politique qui fera la différence. Lors du retrait des États-Unis, les autres dirigeants des grandes économies ont réitéré leur volonté de poursuivre dans l’Accord de Paris, mais cela peut être fragile. En effet, selon ce qui se dira dans les coulisses, selon les échanges informels et les atermoiements des uns et des autres, la conférence de Bonn sera un succès si les choses ne dérapent pas. C’est ce qu’on peut espérer de mieux. Si les uns et les autres tentent de tirer leur épingle du jeu en cherchant à diluer leurs promesses ou à retarder les échéanciers, cela annoncera une nouvelle période de tergiversations qui retardera d’autant la possibilité d’atténuer les effets déjà bien mesurables des changements climatiques. En revanche, si les grandes économies que sont l’Europe, la Chine, l’Inde, la Russie, l’Australie, le Brésil et le Canada font un front commun contre les États-Unis, un certain espoir est permis.

Malgré cela, les marges de manœuvre pour stabiliser le climat en dessous de 2 degrés s’amenuisent chaque année. En 2025 il sera bien trop tard pour réussir, peu importe les efforts qui seront consentis. C’est là que les ténors de la géo-ingénierie se font entendre. Ils proposent des solutions encore hypothétiques qui pourraient contribuer à limiter la pénétration du rayonnement solaire dans l’atmosphère. Ces solutions n’ont jamais été expérimentées et leurs effets secondaires sont inconnus, mais elles constituent un faux-fuyant politique bien pratique. La COP 23 sera très intéressante à suivre, car l’avenir de nos petits enfants en dépend !

Claude Villeneuve

Extrêmement improbable

Les émissions de CO2 du secteur de l’énergie et du secteur industriel ont été stables depuis 2014, en partie grâce à la transition vers des sources d’énergie renouvelable comme l’éolien et le solaire, notamment en Chine et en Inde et à l’abandon progressif du charbon pour la production d’électricité en Chine et aux États-Unis. Cela a suscité l’espoir que le pic des émissions ait été atteint et qu’on allait désormais suivre une trajectoire à la baisse à partir de 2020. Malheureusement, le rapport révèle que d’autres gaz à effet de serre comme le méthane, le protoxyde d’azote et les perfluorocarbones continuent à augmenter. Bien sûr, l’accélération de la croissance économique mondiale pourrait provoquer une hausse des émissions de CO2 dans des secteurs non réglementés comme le transport maritime.

L’édition 2017 est parue le 31 octobre en préparation de la 23e conférence des Parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques qui se déroule actuellement à Bonn en Allemagne. Le rapport les convie à prendre des objectifs beaucoup plus ambitieux avant 2020. Il souligne que dans des secteurs très bien connus et maîtrisés techniquement que sont la production d’électricité éolienne et solaire, l’efficacité énergétique des appareils et des voitures, l’arrêt de la déforestation et la plantation de nouvelles forêts, on pourrait à moins de 100 $/tonne aller chercher un potentiel de 22 milliards de tonnes de réductions ou d’absorption de CO2. Ces mesures peuvent être mises en place rapidement et contribuer à stabiliser puis à diminuer le niveau actuel des émissions qui met notre avenir en péril. Le rapport quantifie aussi la contribution de solutions techniques plus incertaines en raison de la maturité technologique, mais qui pourraient être très applicables en 2030. Il faut donc agir maintenant et préparer l’action à moyen et long terme.

Il y a des années que les dirigeants politiques sont exposés à ce discours, raisonnable et bien étayé par la science. Pourtant, à chaque année qui passe, la cible devient plus difficile à atteindre. Les lanceurs d’alerte ont fait leur travail, les scientifiques et les techniciens ont trouvé des solutions, mais la volonté politique est pusillanime. On a peur de s’engager et quand on s’engage, on hésite à tenir ses promesses. Pourtant, ils ne pourront pas dire qu’on ne leur avait pas dit !

Quand monsieur et madame Tout-le-monde se retrouvent dans les embouteillages à l’heure de pointe, ils ragent contre l’insuffisance du réseau routier. Rarement se posent-ils la question qu’est-ce que je pourrais faire pour éviter d’être une partie du problème que je déplore ? Nous en sommes rendus là. Ce serait plus facile pour les États de s’engager s’ils avaient l’impression que leurs citoyens vont les suivre. Pensez-y bien, sinon l’extrêmement improbable ne se produira jamais.

Claude Villeneuve

Les enjeux d’une ville durable (1/2)

Le DD est une idée généreuse présentée comme une façon de maîtriser notre avenir de façon viable, sécuritaire, productive, respectueuse de l’environnement naturel et des cultures humaines. Depuis plus de 40 ans, l’idée du DD se présente comme une voie alternative aux dérives d’un développement économique à courte vue. Le consensus autour de ce nouveau paradigme est une réponse aux ratés du modèle dominant, notamment son incapacité à répartir équitablement les richesses, ses impacts sur l’environnement global et son effet réducteur sur la diversité culturelle et la cohésion sociale. Avec le Programme de développement durable à l’Horizon 2030 (PDD-H2030), ses 17 objectifs de développement durable (ODD) et leurs 169 cibles, nous disposons d’un plan de match pour renverser cette tendance délétère (http://www.un.org/sustainabledevelopment/fr/objectifs-de-developpement-durable/.

Le dixième ODD qui porte sur les villes et les établissements humains se lit comme suit : « Faire en sorte que les villes et les établissements humains soient ouverts à tous, sûrs, résilients et durables ». Il s’accompagne de dix cibles qui devraient en soi constituer un plan d’action pour les administrations municipales. En effet, comme le mandat des élus est traditionnellement de quatre ans, 2030 n’est qu’à trois mandats d’aujourd’hui. Il est donc pertinent qu’au-delà de la simple administration des affaires courantes, l’horizon 2030 fasse partie des préoccupations de nos élus.

La ville est de plus en plus le milieu de vie des humains sur toute la planète. Nous assistons à une migration vers les plus grands centres comme nous l’avons vu dans notre propre région où depuis trente ans, nombre de jeunes sont partis vers Québec ou Montréal. Dans une moindre mesure, la ville de Saguenay a maintenu sa population au détriment des plus petites municipalités dont plusieurs sont en voie de dévitalisation. Les réfugiés déplacés de leurs pays pour toutes sortes de raisons créeront aussi une pression démographique qu’il faut anticiper. Malheureusement, dans les villes où ces phénomènes ne sont pas planifiés se créent des îlots de pauvreté où des gens moins favorisés ou plus vulnérables doivent vivre dans des logements inadéquats ou trop chers. La première cible de l’ODD 10 traite du logement. « D’ici à 2030, assurer l’accès de tous à un logement et des services de base adéquats et sûrs, à un coût abordable, et assainir les quartiers de taudis. » Bien sûr, il n’y a pas de bidonvilles ici, mais il n’en demeure pas moins que des efforts importants restent à faire pour le logement comme en témoigne l’organisme Loge m’entraide (https://cvs.saguenay.ca/chicoutimi/entreprises/loge-mentraide/) dont les démêlés avec l’administration précédente ont fait la manchette dans les dernières années.

Une politique visant à réduire la précarité des gens de toutes origines qui s’installent ici n’est pas une question de charité. La valeur foncière des propriétés sera augmentée, les dépenses de santé réduites et la sécurité publique ne peut qu’en bénéficier. C’est un enjeu dont on n’a pas encore entendu parler. Pourtant dans chaque quartier, nos futurs élus sont les mieux placés pour défendre cette priorité.

Les enjeux d’une ville durable

Le dixième ODD qui porte sur les villes et les établissements humains se lit comme suit : « Faire en sorte que les villes et les établissements humains soient ouverts à tous, sûrs, résilients et durables ». Il s’accompagne de dix cibles qui devraient en soi constituer un plan d’action pour les administrations municipales. Il est donc pertinent qu’au-delà de la simple administration des affaires courantes, l’horizon 2030 fasse partie des préoccupations de nos élus.

La deuxième cible de l’ODD 10 porte sur la mobilité : «D’ici à 2030, assurer l’accès de tous à des systèmes de transport sûrs, accessibles et viables, à un coût abordable, en améliorant la sécurité routière, notamment en développant les transports publics, une attention particulière devant être accordée aux besoins des personnes en situation vulnérable, des femmes, des enfants, des personnes handicapées et des personnes âgées ». Dans notre région comme dans l’ensemble du Québec, la mobilité des personnes repose essentiellement sur l’usage de l’automobile individuelle. Cela a des conséquences sur nos émissions de gaz à effet de serre, sur la pollution de l’air urbain, sur l’aménagement du territoire et sur les dépenses des ménages, l’automobile étant le deuxième plus important poste de dépenses pour les familles. Les déplacements en voiture étant passifs pour le conducteur et les passagers, ils ont même un effet sur la santé, car ils encouragent le sédentarisme. Le pouvoir des villes sur l’organisation du transport actif et collectif est donc fondamental en termes de durabilité.

Il y a soixante ans, il n’y avait pas une voiture par maison. Aujourd’hui, on se rapproche d’une voiture par permis de conduire. En 2030, on peut s’attendre qu’avec le vieillissement de la population, l’augmentation du prix de l’essence par les taxes sur le carbone et la volonté des gens d’adopter de plus saines habitudes de vie, la situation soit différente et que l’automobile individuelle devienne un problème grandissant plutôt qu’une panacée pour la mobilité.

La mobilité durable se décline de plusieurs manières. Elle doit permettre à tous d’accéder aux éléments indispensables à la qualité de vie sur tout le territoire, et ce à des tarifs abordables. On pense bien sûr à offrir gratuitement le transport en commun, mais ce dernier doit être plus efficace pour répondre aux multiples aspects de la demande. Il doit desservir des circuits qui permettent aux gens de passer rapidement de la maison au travail, aux études, aux établissements de santé, aux loisirs, aux centres de consommation ou aux centres culturels pour qu’on monte dans les autobus. Sur un territoire comme le nôtre, cela n’est pas évident, c’est pourquoi il faut penser intégrer les modes de déplacements. Par exemple, l’autobus, la marche, le vélo, le co-voiturage, le taxi-bus, le transport bénévole peuvent être complémentaires si on prend quelques mesures d’intégration. Des gares intermodales où on peut emprunter un vélo, des stationnements incitatifs pour le covoiturage, des pistes cyclables permettant de fermer les boucles, des trottoirs bien dégagés entre les zones d’intérêt, des feux de circulation favorisant les piétons, des passerelles, des bancs publics, tout cela demande une réflexion élargie et une politique de mobilité axée sur les besoins et la capacité des gens de se déplacer entre leurs centres d’intérêt. Les arrondissements de Saguenay sont très inégalement desservis en cette matière. Parlez-en à vos candidats !

Claude Villeneuve
Professeur titulaire
Directeur de la Chaire en éco-conseil
Département des sciences fondamentales
Université du Québec à Chicoutimi
https://www.lequotidien.com/chroniques/claude-villeneuve/les-enjeux-dune-ville-durable-2-7af12ceb6c51b1ccefb99e8be3b67374

le rapport réalisé par la Chaire en Éco-conseil de l’UQAC sur la gestion des matières résiduelles en territoire nordique est maintenant en ligne

C’est avec plaisir que je vous annonce que le rapport réalisé par la Chaire en Éco-conseil de l’UQAC sur la gestion des matières résiduelles en territoire nordique est maintenant en ligne. Ce rapport et les annexes qui le composent fournissent des pistes de solution pour améliorer la planification et les méthodes d’élimination, en plus de viser la récupération, le transport et la valorisation des matières résiduelles générées en territoire nordique. Vous trouverez les documents sur le site Web du ministère :

http://www.mddelcc.gouv.qc.ca/matieres/territoire-nordique/index.htm

L’annexe 5 « Boîtes à outils » est en cours de traduction anglaise et sera mise en ligne sous peu. Nous vous invitons à transmettre l’information à toutes les personnes que le sujet pourrait intéresser.

I am pleased to announce that the report produced by the Chaire en Éco-conseil of UQAC on waste management in the Northern Québec is now online. The report, along with its appendices, offers potential solutions for improving waste planning and disposal methods, in addition to looking toward the recovery, transportation and reclamation of waste generated in Northern Québec. You can find the documents on the ministry website:

http://www.mddelcc.gouv.qc.ca/matieres/territoire-nordique/index-en.htm

Appendix 5 « Toolkits » is currently being translated into English and will be posted shortly. We encourage you to relay the information to anyone who may be interested in the topic.

L’ultime recyclage

Au dix-septième siècle, les éboueurs parisiens collectaient le contenu des pots de chambre pour le faire sécher au soleil et fournissaient aux jardiniers qui nourrissaient la ville un fertilisant fort apprécié nommé « poudrette ». Cette forme de recyclage des éléments nutritifs contenus dans les excréments humains n’est pas nouvelle. Elle est pratiquée traditionnellement par les agriculteurs chinois. Même au Québec, le guide des bonnes pratiques sur les matières résiduelles fertilisantes permet d’utiliser des boues provenant des usines d’épuration (appelées biosolides) municipales ou de certaines fabriques industrielles pour l’agriculture.  Ville de Saguenay le fait depuis plus de 25 ans. On peut aussi traiter les biosolides par gazéification pour en retirer du biogaz qui sert de combustible et disposer ensuite du résidu appelé digestat pour la fertilisation des terres. Naturellement, toutes ces utilisations sont soumises à des règles sanitaires strictes et à des normes limitant les risques de transfert de contaminants dans la nature. Selon un rapport récent des Nations Unies et de l’Unicef, 2,8 milliards de personnes n’ont pas accès aux égouts dans le monde.

 Dans plusieurs pays en voie de développement, l’assainissement des eaux est un enjeu majeur. En Afrique subsaharienne, par exemple, moins de 8 % de la population a accès à des réseaux d’égouts, environ 20% disposent de latrines ou de fosses septiques et le reste défèque dans la nature. La situation est meilleure en Asie du Sud-Est, mais il reste qu’encore 40% des gens en sont réduits au plein air. Cela cause naturellement un énorme potentiel de transmission de maladies entériques comme la dysenterie et le choléra. C’est pourquoi parmi les objectifs de développement durable adoptés aux Nations Unies en 2015, le sixième traite de l’accès à l’eau potable et à l’assainissement.

 Dans le numéro du 14 septembre de la revue Nature, un article a attiré mon attention. Il s’agit d’un entrepreneur qui a implanté en banlieue de Kigali au Rwanda une usine qui récupère les contenus des fosses septiques et des latrines pour en faire des produits rentables. L’entreprise nommée Pivot n’est pas une usine de traitement des eaux. Il s’agit d’une fabrique industrielle qui produit du carburant pour les industries locales, comme les cimenteries et les briqueteries, sous forme d’une poudre à haute valeur calorifique qui remplace le charbon de bois. L’entreprise est rentable et le procédé inventé par des ingénieurs locaux est en voie d’être exporté un peu partout dans la région. D’après ses concepteurs, on pourrait tirer des excréments humains non seulement une source d’énergie renouvelable, mais aussi des engrais, des bioplastiques et même une source de nourriture. Ce serait donc l’ultime recyclage…

 Naturellement, il ne s’agit pas de nourrir des humains avec des capsules d’excréments séchés. On se servirait plutôt de ce produit pour enrichir des étangs où on élève des poissons, mais on étudie aussi la possibilité de transformer en aliments pour le bétail des gâteaux constitués de larves séchées des insectes qui se développent dans les excréments. L’élément clé pour le succès de ce genre d’initiative, c’est qu’elles sont rentables et procurent du travail.

 On se rend compte en effet que lorsque les installations d’assainissement des eaux sont fournies par de l’aide internationale, elles cessent rapidement de fonctionner lorsque cette aide se tarit. En revanche, si des entreprises réussissent à vendre le fruit de leur travail de manière rentable, la pérennité du procédé est plus solide.

 Il reste bien sûr de nombreux obstacles pour développer ce genre d’industrie à grande échelle. Les représentations associées à l’usage des excréments humains ne sont pas les moindres, ici comme ailleurs. Mais dans un monde où nous serons bientôt 9 milliards, il faut trouver de nouvelles façons de recycler !

Claude Villeneuve
Professeur titulaire
Directeur de la Chaire en éco-conseil
Département des sciences fondamentales
Université du Québec à Chicoutimi

Le plastique invisible

Les plastiques sont une gamme de molécules géantes, des polymères fabriqués à partir du pétrole. Ils n’existent pas dans la nature, ce qui fait que les êtres vivants n’ont pas appris à les dégrader efficacement. Depuis un peu plus d’un siècle que la pétrochimie nous permet de bénéficier de ces molécules aux propriétés extraordinaires (on en fait des vêtements, des pneus, des emballages, des meubles, des additifs pour toutes sortes de produits usuels) ils terminent pourtant leur vie utile dans l’environnement, car ils sont difficiles à récupérer et à recycler efficacement. C’est ainsi que les débris de plastiques s’accumulent dans la biosphère et qu’ils commencent à créer de nouveaux problèmes pour l’environnement et la santé. Ces problèmes sont d’autant plus insidieux que les particules de plastique se fractionnent en microfibres ou en microbilles et qu’ils deviennent invisibles.

Une étude récente (https://orbmedia.org/stories/Invisibles_plastics)  a montré un aspect particulièrement pernicieux de cette pollution. Dans 85% des échantillons d’eau potable provenant des réseaux d’aqueduc sur la planète, on a retrouvé des particules de plastique. Cela s’avère le cas dans 94% des échantillons aux Etats-Unis. Même si l’étude ne présente pas d’échantillons pris au Canada, il est probable que notre score n’est pas beaucoup plus brillant.

 Mais d’où vient ce plastique ? L’étude en recense six sources principales. La première provient du lavage des vêtements composés de fibres synthétiques (nylon, acrylique, polyester). On estime que les rejets de microfibres provenant de la lessive de ces vêtements dépassent 1 million de tonnes par année, dont la moitié échappent aux traitements municipaux. La seconde est la poussière d’usure des pneus. À raison de 20 grammes par 100 kilomètres pour une auto (et beaucoup plus pour les camions) des centaines de milliers de tonnes de styrène et de butadiène sont lavés vers le réseau pluvial des égouts municipaux. Environ 10% des micro-plastiques viennent des peintures. Les particules provenant de la dégradation des déchets (sacs, bouteilles, pellicules) se retrouvent dans les océans à raison de 8 millions de tonnes par année. Enfin, des microfibres provenant du brossage des tissus synthétiques (par exemple les tapis) et des microbilles utilisées dans les cosmétiques et autres produits d’hygiène constituent les autres sources principales répertoriées.

 Y a-t-il raison de s’en inquiéter ? Certainement. Les micro-plastiques peuvent constituer un site privilégié d’adsorption (liens chimiques faibles) pour des polluants toxiques comme les pesticides ou les métaux lourds. L’eau potable devient donc ainsi un vecteur potentiel de contaminants indésirables qui peuvent affecter les jeunes enfants et les femmes enceintes, plus sensibles à ce genre de pollution. Et le problème ne peut que s’aggraver, puisque chaque année on produit plus de plastiques qui se retrouvent au bout du compte dans l’environnement dont nous tirons notre eau potable, nos aliments et l’air que nous respirons.

 Mais doit-on pour autant troquer l’eau du robinet contre l’eau embouteillée ? Cette dernière étant la plupart du temps offerte dans des bouteilles de plastique, qui sont une source importante du problème, je vous laisse deviner la réponse !

 Les effets des micro-plastiques sur la santé humaine restent encore largement inconnus. Dans un tel contexte, le principe de précaution s’impose. Il faudrait donc réduire à la source les déchets plastiques qui augmentent le risque d’effets indésirables. Sans compter que l’accumulation des déchets plastiques dans les océans constitue un problème bien réel et documenté.

 Les problèmes liés aux micro-plastiques émergent à peine dans la littérature scientifique, pourtant l’industrie continue d’en produire et seulement 9% sont recyclés. Si on voulait trouver un argument pour l’économie circulaire, c’en serait un très bon.

Claude Villeneuve
Professeur titulaire
Directeur de la Chaire en éco-conseil
Département des sciences fondamentales
Université du Québec à Chicoutimi