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Un appel pressant

Le 2 août 2017  était le jour où on a dépassé en théorie la capacité des écosystèmes de la planète de fournir à l’humanité des ressources renouvelables. Cette mesure, calculée à chaque année par le Global footprint network (www.globalfootprintnetwork.org) est basée sur un indicateur développé il y a une vingtaine d’années appelé l’empreinte écologique. Au-delà de son effet médiatique facile à vulgariser car il nous dit combien de planètes il nous faudrait pour continuer à vivre au même rythme, l’empreinte écologique est une approximation qui est très fortement déterminée par les émissions de CO2. Comme tout le monde le sait, ces émissions dépassent la capacité de la végétation terrestre et des océans pour l’absorber, ce qui fait que sa concentration augmente à chaque année un peu plus, accélérant d’autant les changements climatiques. La date de dépassement de la capacité terrestre signale l’urgence de réduire notre empreinte écologique pour éviter de franchir les limites planétaires.

 James Hansen est un des climatologues les plus connus au monde. Chercheur au Goddard Institute for Space Studies de la NASA pendant 43 ans, il est aujourd’hui professeur à l’Université Columbia de New-York.  Avec 14 collègues climatologues, il a publié le 25 juillet dans la revue Earth Systems Dynamics un long article qui nous rappelle une vérité qui dérange. Nous ne sommes pas du tout sur la voie de la stabilisation du réchauffement. C’est même tout le contraire. C’est d’ailleurs la même chose que disent David Viktor et ses collègues dans la revue Nature du 1er août. Les réductions promises par les pays ayant ratifié l’Accord de Paris sur le climat ne vont pas assez vite (http://www.nature.com/news/prove-paris-was-more-than-paper-promises). Les conséquences d’un réchauffement dépassant deux degrés auront comme conséquence de fragiliser la capacité des écosystèmes de la planète à nous fournir des ressources renouvelables. Avec l’augmentation prévue de la population planétaire qui devrait dépasser 10 milliards de personnes avant la fin du siècle, c’est un luxe que nous ne pouvons pas nous offrir.

Ces trois sources vont dans le même sens. Il faut agir plus vite et plus fortement, partout dans le monde. Pour y parvenir, il faudra resserrer les normes de consommation des véhicules, augmenter la proportion d’énergie de sources renouvelables, améliorer l’efficacité énergétique, réduire la consommation de viande et bien d’autres actions qui réduiront  nos émissions de gaz à effet de serre et notre empreinte écologique par la même occasion.

L’équipe de Hansen va plus loin en proposant d’augmenter fortement la captation du carbone. Selon eux, il faudrait retirer ainsi de l’atmosphère au moins 150 milliards de tonnes de CO2, soit l’équivalent des émissions de 4 années complètes au rythme actuel, pour espérer stabiliser le climat au dessous de 2 degrés C et atteindre l’objectif de l’accord de Paris. Cela peut se faire en replantant des forêts sur les zones où elles ont disparu, enle couplant l’utilisation de bioénergie (agrocombustible ou biomasse forestière résiduelle) et de séquestration du carbone, en fertilisant les sols avec du charbon de bois et en appliquant d’autres mesures permettant de faire passer le CO2 de l’atmosphère dans les écosystèmes ou dans la croute terrestre.

Depuis près de 15 ans, nos recherches sur la séquestration du carbone dans la forêt boréale, l’empreinte carbone du matériau bois et l’utilisation énergétique de  la biomasse forestière résiduelle nous ont permis d’apporter notre modeste part de réponses à cette grande question. Le grand public peut faire sa part et diminuer son empreinte écologique en participant à Carbone boréal (http://carboneboreal.uqac.ca).

Pour répondre à l’appel pressant des scientifiques et réduire vraiment notre empreinte écologique, il faudra plus de recherches et plus d’actions concrètes. À  vous de jouer !

Claude Villeneuve
Professeur titulaire
Directeur de la Chaire en éco-conseil
Département des sciences fondamentales
Université du Québec à Chicoutimi

Un héritage édifiant

Les relations entre le gouvernement américain et l’industrie ont fait l’objet de nombreuses histoires plus ou moins reluisantes. Le financement des partis politiques y est sans doute pour quelque  chose. Mais la pratique des lobbies omniprésents dans la politique américaine, les secrets industriels et la proximité de l’industrie et des militaires  créent des conditions favorables pour des collusions qui mettent rarement l’intérêt public en tête de leurs préoccupations. Quant à l’environnement, on repassera. Le 26 juillet, deux organisations américaines ont mis en ligne un compendium de textes qu’ils ont appelés les « Poison papers » (www.poisonpapers.org). Collectés depuis 40 ans par la militante Carole Van Strum, les 20 000 documents ont été légués à deux associations, le Center for Media and Democracy et le Bioscience Resource Project qui les ont scannés et mis en ligne où tout-un-chacun peut les consulter.

C’est une histoire d’horreur qui montre comment l’industrie chimique et des agences du gouvernement des Etats-Unis ont caché la vérité sur les effets toxiques de nombreux produits chimiques utilisés couramment. Ces documents internes, dont certains remontent aux années 1920, comprennent des études scientifiques, des rapports, des mémos internes ou des comptes rendus de comités. Ils révèlent les manœuvres peu avouables des entreprises pour cacher la toxicité de leurs produits. Ces documents, issus pour la plupart d’organismes publics tels que l’agence américaine de protection de l’environnement (EPA), le service forêts du département de l’agriculture (USDA Forest Service), l’agence fédérale des produits alimentaires et médicamenteux (FDA) ou le département de la défense, concernent de nombreuses entreprises.

Le système américain est propice à ce genre de choses. L’industrie du tabac et celle du charbon ont utilisé les mêmes firmes de lobbyistes pour défendre leurs prétentions sur l’innocuité du tabagisme pour la première et sur la non-existence des changements climatiques pour la seconde. Dans sa conférence d’ouverture du Forum politique de Haut Niveau au siège des Nation Unies le 17 juillet dernier, le professeur Jeffrey Sachs de l’Université Columbia déclarait : « Les Etats-Unis sont mal placés pour donner des leçons au reste du monde concernant la corruption. Dans la dernière campagne présidentielle, l’industrie des carburants fossiles a versé 100 millions de dollars en contribution aux candidats. C’est de la corruption, mais légale tout simplement ! » Cela explique probablement pourquoi les décrets du président Trump sont orientés au détriment de la science, au mépris du poids des évidences.

Les « Poison papers » résultent de l’opiniâtreté d’une militante qui a accumulé des preuves pour faire interdire l’arrosage à « l’Agent orange » pour le traitement des plantations dans la forêt près de laquelle elle habitait. Ce puissant phytocide utilisé durant la guerre du Vietnam a finalement été interdit en 1983. Mais on y trouve aussi des informations sur plusieurs autres substances. Ils totalisaient trois tonnes de papier qui étaient entreposés dans une grange en Oregon. Leur publication a une valeur plus anecdotique que légalement incriminante. Cependant, on peut en tirer une leçon sur les dérives d’un système qui protège les puissants au détriment de la santé des citoyens et de la qualité de l’environnement. Ils nous montrent aussi que l’information scientifique doit être publique, compréhensible et largement diffusée, sans quoi elle devient un pouvoir dans les mains d’intérêts pas toujours avouables. En ce sens, l’héritage de Mme Van Strum est édifiant.

De plus en plus d’entreprises se dotent de politiques de développement durable et s’engagent dans des modes de production durables. Cela suffira-t-il à éviter en 2050 qu’on répète la triste histoire qui nous est racontée par les « Poison papers » aujourd’hui ?

Claude Villeneuve
Professeur titulaire
Directeur de la Chaire en éco-conseil

L’auto électrique, une panacée ?

Avec le championnat de Formule E à Montréal samedi dernier, on a beaucoup entendu parler de la voiture électrique comme solution universelle pour le transport durable. La question vaut la peine qu’on s’y attarde avec un œil critique.

 En effet, les planètes semblent bien alignées pour une pénétration massive du marché par cette technologie dans un futur rapproché. D’abord, de plus en plus de constructeurs offrent des produits, encore chers certes, mais abordables par la classe moyenne supérieure (celle qui part les modes). Volvo a même annoncé qu’il n’offrirait plus de modèles à moteur thermique dans moins de 10 ans.  Tesla fournit uniquement des voitures électriques et travaille à démocratiser ses modèles.  La densité de charge des batteries augmente de manière exponentielle et leur temps de recharge diminue très rapidement, ce qui réduit d’autant le problème de l’autonomie. Deuxième composante de l’équation : des gouvernements comme la France, la Suède et la Norvège interdiront la vente de modèles à essence ou diésel avant 2040. Cela veut dire qu’un jeune né cette année dans ces pays n’aura peut-être jamais la possibilité de conduire ce type de véhicules, sauf à titre de collectionneur de « belles d’autrefois ». En outre, dans le cadre de la lutte aux changements climatiques, de plus en plus de pays imposent un prix aux émissions de CO2, ce qui provoquera une hausse le prix des carburants. Enfin, dans de nombreuses villes, la qualité de l’air affecte la santé des citoyens et l’automobile thermique est un des facteurs principaux de sa détérioration. Les modes de transport électrique ne causent pas de pollution de l’air dans les villes. Comme l’humanité s’urbanise de plus en plus, cela devient un enjeu politique majeur.

 Mais il y a un côté moins reluisant à cette médaille. La majeure partie de l’électricité, dans la plupart des pays, est encore produite avec des carburants fossiles. Malgré cela, l’efficacité de la motorisation électrique par rapport aux moteurs à combustion permet des gains en matière d’émissions de CO2 mais ceux-ci sont réduits par rapport à une fourniture en électricité de source renouvelable. Mais, s’il y a toujours plus de voitures individuelles, l’objectif de carbo-neutralité du transport sera d’autant plus difficile à atteindre.

 Car c’est là que le bât blesse. L’automobile individuelle comme moyen de transport est clairement non viable à long terme. Pour produire une auto, il faut extraire des ressources naturelles, des minéraux pour la carrosserie et les composantes comme l’ordinateur de bord, le moteur ou les batteries, du pétrole pour les plastiques et bien sûr d’énormes quantités d’eau et d’énergie. En fin de vie, ces matériaux ne sont pas tous recyclés ni même recyclables. Et cela est vrai pour les voitures à essence comme pour les voitures électriques. En outre, que les véhicules soient électriques ou non, plus il y en a sur la route en même temps, plus on augmente la congestion, ce qui demande de construire de plus en plus d’infrastructures, au détriment des écosystèmes productifs ou des terres agricoles. Tout cela pour un objet qui reste stationné 95% de sa vie utile.

 La voiture électrique n’est donc qu’une des composantes de la mobilité durable que l’on souhaite dans l’avenir. Pour l’horizon 2050, il faudra repenser la ville et offrir un maximum d’occasions pour le transport actif et collectif. Il faudra aussi, comme on le fait dans les pays scandinaves, rendre difficile et coûteuse la possession d’un véhicule individuel.

 La technologie n’est qu’une partie de l’équation. Il faut améliorer la planification et la vision et surtout changer les comportements et les aspirations individuelles. C’est un défi beaucoup plus grand qui passe par l’éducation. Heureusement, il n’est pas trop tard pour commencer, mon petit-fils Charles ne rentrera à l’école que dans trois ans !

Claude Villeneuve
Professeur titulaire
Directeur de la Chaire en éco-conseil
Département des sciences fondamentales

Quatre-vingt-dix-sept pour cent !

Pour la plupart des étudiants, une note de 97% serait un objet de fierté et personne à l’école n’oserait dire qu’il ne mérite pas son diplôme. Avec ce score presque parfait, on peut marcher la tête haute. Mais lorsqu’on parle de consensus scientifique, la chose est moins claire. Le 18 juillet, un article dans la revue « Environmental communication » analyse la fameuse affirmation qui veut que 97% des scientifiques s’entendent sur le fait que les changements climatiques récents sont d’origine humaine. Selon les auteurs, il y a un danger d’utiliser cette affirmation comme le font beaucoup de groupes écologistes à l’appui de leurs revendications.

D’abord d’où vient le chiffre 97% ? Y a-t-il eu une étude scientifique sur le sujet ? Un sondage ? Et de qui parle-t-on quand on parle des scientifiques ? Sont-ce uniquement des climatologues ? Des physiciens ? Des chimistes ? Des géologues ? Des biologistes ? Des glaciologues ? Est-ce qu’on voit plus large et qu’on inclut les spécialistes en sciences humaines ; les économistes, les sociologues ? Déjà, en prêtant flanc à ces questions, le chiffre devient douteux.

Mais en réalité, d’où vient-il ce chiffre ? Dans le rapport du Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat, le GIEC publié en 2013 on évaluait avec un très haut niveau de certitude, correspondant à 97%, la probabilité que les causes du réchauffement climatique soient d’origine humaine. Il y a ici un grave glissement de sens : être sûr à 97% ne signifie pas que 97% des scientifiques sont sûrs ! Une étude également publiée en 2013 évaluait que les scientifiques, du moins ceux qui publient sur le sujet, font référence dans à 97.1% des articles, à des changements climatiques induits par l’activité humaine. Une autre plus récente va même jusqu’à 99,14%. Cette donnée est plus facile à vérifier. Mais est-ce pour autant utile de le savoir avec une telle précision ?

En effet, comme le soulignent les auteurs, des sociologues,  on n’a pas besoin d’attendre qu’il y ait l’unanimité absolue de la communauté scientifique pour agir. De plus, les débats entre les scientifiques sont nombreux et vifs. La nature de la science est de questionner les faits sans relâche pour mieux comprendre le réel. Cette démarche exige du sens critique et on n’en manque pas dans la plupart des facultés !

Les formules magiques sont séduisantes. Un jour, quelqu’un dans une conférence de biologistes avait affirmé que depuis le début de séance, 17 espèces avaient sans doute disparu. Il faisait référence au taux de disparition théorique des espèces qui était à l’époque présumé par certains groupes écologistes. Étant président de séance, je me suis permis de lui rabattre le caquet en disant : « Puisque vous l’affirmez, pourriez-vous les nommer ? » Grand silence. Un chiffre n’est pas un argument. Même si le type voulait attirer l’attention sur l’urgence de se préoccuper de la biodiversité, ce qui est une vérité absolue, son extrapolation sur une extrapolation elle-même issue de données très incertaines l’a desservi. Peu importe que 97% des scientifiques de tout acabit soient d’accord avec quelque chose, cela ne veut pas dire qu’ils ont raison. En revanche, que des experts du climat ayant analysé la littérature mondiale publiée sur le sujet aient la presque certitude que les changements climatiques n’ont pas d’autres causes que les actions des humains et qu’ils soient capables de le démontrer par des études sérieuses et documentées, révisées par les pairs, c’est beaucoup plus fort, mais il faut plus de mots pour le dire. Là réside le piège.

Les climatosceptiques qui sévissent encore savent profiter de la naïveté des gens. À chaque formule magique, ils en assèneront une autre qui sème le doute. J’en suis convaincu à 97% !

Claude Villeneuve
Professeur titulaire
Directeur de la Chaire en éco-conseil
Département des sciences fondamentales
Université du Québec à Chicoutimi

Des réfugiés climatiques payants ?

Après que le président Trump ait annoncé le retrait des Etats-Unis de l’Accord de Paris le 1er juin dernier, le président Macron de France a lancé un appel historique : « Make our planet great again ! » paraphrasant ainsi le slogan de campagne de son homologue américain aux visions protectionnistes « Make America great again ! ». Mais au-delà des formules choc, le président français a encouragé les chercheurs américains spécialisés dans le domaine des changements climatiques à venir poursuivre leurs travaux en France. Pour faciliter les choses, Paris a débloqué des budgets conséquents pour les accueillir. Il accueillait en quelque sorte des réfugiés climatiques d’un autre type.

 En effet, les politiques du gouvernement Trump sont clairement anti science et à plus forte raison anti changements climatiques. Les coupures de budget qui commencent dans les organismes subventionnaires et à l’EPA, l’agence de protection de l’environnement des Etats-Unis, sont cruelles. Depuis janvier dernier, les « hommes du président » ont aussi entamé une chasse aux sorcières contre les fonctionnaires et les scientifiques qui ont contribué aux négociations sur le climat. Ces gestes mal intentionnés ont semé la consternation dans les universités et les agences de recherche du gouvernement américain comme en témoignent de nombreux éditoriaux publiés récemment dans les plus grandes revues scientifiques.

 Il semble que l’équipe Trump n’ait pas compris que la science aujourd’hui n’est plus uniquement l’affaire d’un pays ou d’un gouvernement, surtout dans un domaine comme les changements climatiques qui ont des répercussions à l’échelle planétaire. La courte vue du gouvernement Trump risque de coûter cher aux Etats-Unis. En effet, au-delà de ce que coûtent les salaires et les subventions des chercheurs, les retombées de leurs travaux, en termes d’innovation, de partage d’expertises et de réputation pour un pays, dépassent largement l’investissement qu’on y consacre.  Emmanuel Macron semble l’avoir compris.

 La revue Nature, dans son numéro du 19 juillet, faisait état de la mouvance des scientifiques américains qui ont décidé de répondre à l’appel d’Emmanuel Macron. Avec un budget de 60 millions d’euros (cent millions de $), les candidatures affluent. C’est probablement l’investissement le plus payant qu’ait fait la France depuis bien longtemps. Des milliers de candidatures de scientifiques américains ont déjà été reçues à tel point que l’Allemagne, jalouse de ne pas avoir eu l’idée en premier en rajoute. Le pays d’Angela Merkel tente en effet à son tour d’attirer des réfugiés climatiques payants.

 Pourquoi ces réfugiés d’un genre inédit valent-ils la peine qu’on les recherche ? Ce n’est pas compliqué. Ces gens ont de très hautes qualifications et leur formation a été payée par les systèmes d’éducation de leurs pays d’origine ou par des bourses internationales. Ce sont aussi des gens qui ont un haut potentiel d’innovation, puisque la recherche oblige à explorer des pistes vierges. Ils doivent aussi relever des défis techniques qui profitent aux secteurs de pointe de l’industrie. Enfin, ce sont des gens qui non seulement contribueront à former de meilleurs spécialises localement, mais qui en plus serviront la réputation des universités et agences au sein desquelles ils travailleront, attirant ainsi des étudiants étrangers. Tout bénéfice !

 Le Canada est presque un satellite des Etats-Unis, pour le meilleur et pour le pire. Mais jusqu’à nouvel ordre il demeure un pays indépendant et il pourrait aussi à l’instar de la France et de l’Allemagne offrir un budget spécial pour accueillir ces réfugiés climatiques d’un nouveau genre. En termes d’investissement, c’est clairement plus prometteur que de continuer de subventionner l’exploitation pétrolière. Mais ce jugement n’engage que moi. À ceux qui pensent le contraire d’en faire la preuve.

Claude Villeneuve
Professeur titulaire
Directeur de la Chaire en éco-conseil
Département des sciences fondamentales
Université du Québec à Chicoutimi

Les étés meurtriers

Une canicule mortelle se définit comme une période de chaleur durant laquelle les autorités sanitaires enregistrent une surmortalité, c’est-à-dire un nombre de décès significativement plus élevé que la moyenne. En effet, on peut réellement « mourir de chaud ». Les personnes les plus susceptibles d’être victimes de ce genre de condition climatique sont naturellement celles dont la santé est fragilisée par la vieillesse ou par des maladies chroniques. Mais les coups de chaleur affectent aussi des travailleurs, des enfants et la chaleur accentue les effets toxiques des polluants atmosphériques. Les plus démunis ne disposent pas toujours de moyens pour se protéger de la chaleur ou pour s’hydrater correctement. Ils occupent aussi souvent des emplois pénibles ou exposés.

 Dans les pays du Sud, même si la chaleur est souvent accablante, les populations traditionnellement rurales ont appris à adapter leurs comportements pour éviter ses effets pernicieux. Mais avec l’urbanisation débridée qui accompagne leur expansion démographique, les exigences du travail industriel, la précarité des logements et de la fourniture électrique, les savoirs traditionnels ne servent plus à grand chose. D’ailleurs, on enregistre de plus en plus de canicules mortelles dans toutes les grandes villes des pays en développement. C’est ce que nous apprend un article paru dans Nature Climate Change (https://www.nature.com/nclimate/journal/vaop/ncurrent/full/nclimate3322.html) qui a recensé 1 949 études liant chaleur excessive et mortalité, portant sur 164 villes de 36 pays, pour déterminer les conditions climatiques (température, humidité) au-delà de laquelle survient une surmortalité. Environ 15% de la surface terrestre mondiale, regroupant un tiers de la population, connaît déjà au moins 20 jours par an au-dessus de ces conditions. Parmi les zones les plus exposées, on trouve une partie de l’Afrique subsaharienne, le sud de la péninsule arabique, le nord de l’Inde, l’Asie du sud-est et le nord de l’Australie. Mais les pays du Nord ne sont pas à l’abri comme l’ont démontré les épisodes de canicule mortelle qui ont affecté l’Europe en 2003 avec 70 000 victimes et la Russie en 2010 où on a enregistré une surmortalité de 10 200 personnes rien qu’à Moscou. À Montréal, l’Institut national de santé publique suit le dossier de près.

Les chercheurs ont projeté l’évolution du climat d’ici la fin du siècle selon les scénarios retenus dans le dernier rapport du GIEC. Avec le plus optimiste, qui suppose que les engagements pris par les pays dans l’Accord de Paris soient multipliés par cinq d’ici la fin du siècle, la température n’augmenterait en moyenne que de 1,7 ˚C à l’horizon 2100. Cela peut sembler modeste, mais 47,6% de la population mondiale serait alors affectée. Certaines zones dans les pays du Sud  seraient confrontées à ce danger toute l’année. Le sud-ouest des Etats-Unis et le sud de l’Europe, dont l’Italie qui dépasserait les 50 jours de canicule mortelle par an, devraient prendre des mesures énergiques pour s’adapter. Le scénario Trump, qui consiste à ne rien faire mettrait en danger 73,9% de la population mondiale, qui connaîtrait plus de 20 jours par an d’une chaleur pouvant entraîner une surmortalité

Bien sûr, une prévision n’est pas une fatalité. Il passera beaucoup d’eau dans nos rivières d’ici 2100, mais les enfants qui naissent aujourd’hui ont, au Québec, une espérance de vie qui leur permettra de vérifier si les experts ont dit vrai. Il faut retenir que les étés meurtriers risquent de se multiplier. Il y a donc un impératif d’adaptation pour agir en amont comme a commencé à le faire la ville de Montréal.

Le territoire québécois est peu susceptible d’être parmi les plus affectés, mais ce n’est pas une raison pour ne pas prendre les mesures pour éviter d’émettre plus de GES. Pensez-y la prochaine fois que vous verrez une auto tourner à vide sur un stationnement, surtout si c’est la vôtre !

Claude Villeneuve
Professeur titulaire
Directeur de la Chaire en éco-conseil
Département des sciences fondamentales
Université du Québec à Chicoutimi

Le cauchemar d’Hedwige

À la fin du dix-neuvième siècle, de nombreuses espèces d’oiseaux exotiques avaient été amenées au seuil de l’extinction par la demande des modistes pour leurs plumes. Entre 1875 et 1905, des centaines de milliers d’oiseaux comme les aigrettes, les hérons, les sternes, mais aussi les hiboux et chouettes ont été chassés commercialement pour orner les chapeaux des dames élégantes. Certains ornements plus extravagants mettaient en vedette des chapeaux avec un oiseau entier empaillé et même un nid avec les œufs et la mère couveuse. Cela nous apparaît aujourd’hui bizarre, mais la mode est irrationnelle, c’est bien connu. Le phénomène a amené de nombreuses espèces au bord de l’extinction. Le phénomène était amplifié par la loi de l’offre et de la demande. Plus un oiseau était rare, plus on donnait cher pour ses plumes.

 Ce genre de choses est-il devenu impossible aujourd’hui ? Si on en croit un article paru dans le numéro de juillet du journal scientifique Gobal Ecology and Conservation (http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S2351989417300525) une espèce de chouette indonésienne est aujourd’hui menacée par la mode mondiale des aventures de Harry Potter. L’oiseau fait l’objet d’un commerce en pleine croissance depuis une vingtaine d’années. On en recensait une centaine de spécimens vendus sur les marchés chaque année avant 2001. En 2016, il s’en est vendu plus de 13 000.  La ressemblance du pauvre oiseau avec Hedwige, compagnon de l’apprenti sorcier lui a valu le surnom de Harry Potter’s owl, une condamnation sans appel. En effet, la mode mondiale des livres de J. K. Rowling et leur traduction en Indonésie a créé une demande pour cet oiseau comme animal de compagnie. On retrouve ces oiseaux uniquement sur les îles de Java et de Sumatra où les braconniers les capturent pour alimenter le marché.

 Un cinquième de la population indonésienne a aujourd’hui accès à Internet. Les gens échangent sur les réseaux sociaux les bonnes adresses pour s’offrir ce chouette oiseau de compagnie. Les chercheurs ont manifesté leur inquiétude sur la capacité des populations sauvages à soutenir cette demande. L’organisation internationale Traffic, basée en Grande Bretagne qui s’intéresse au commerce des espèces rares a aussi noté que l’exportation des chouettes indonésiennes vers l’Inde est en augmentation soutenue depuis 2010.  Cela représente un énorme potentiel pour une augmentation encore plus grande de la demande. Malheureusement, ces oiseaux supportent très mal la captivité et meurent habituellement dans le mois qui suit leur capture.

 Même si la loi indonésienne proscrit la vente d’animaux sauvages pour lesquels il n’y a pas de quota, le pays ne fait pas de recensement des hiboux et chouettes. Il y a donc péril en la demeure. Habituellement, dans ce genre de situation, les oiseaux sont perdants d’avance. Les chercheurs concluent que les hiboux et chouettes de l’archipel indonésien devraient être ajoutées sur la liste des espèces menacées du pays.

 Peut-on imputer la popularité du commerce des hiboux et chouettes indonésiens à la popularité d’un personnage de fiction ? Comme dans beaucoup de problèmes environnementaux, la question est probablement plus complexe. Une coïncidence n’est pas une explication. Néanmoins, l’hypothèse est intéressante et l’anecdote permet de nourrir notre réflexion sur le sort des espèces sauvages soumises au commerce dans notre société mondialisée. Il existe une convention sur le commerce des espèces menacées (https://cites.org/fra/disc/text.php). Qu’il s’agisse de poissons d’aquarium, de reptiles, de mammifères ou d’oiseaux vivants ou non, les douaniers ont des consignes précises. Les amendes peuvent être salées. L’équilibre de l’offre et de la demande, qui est la première règle de l’économie, peut difficilement être assuré lorsqu’une mode augmente artificiellement la demande. L’exemple des chouettes indonésiennes est éloquent.

Claude Villeneuve
Professeur titulaire
Directeur de la Chaire en éco-conseil
Département des sciences fondamentales
Université du Québec à Chicoutimi

La forêt au secours du climat

Le 6 juillet, le ministre français de la transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot, a annoncé un plan ambitieux de lutte aux changements climatiques visant à faire de l’Hexagone un pays carbo-neutre en 2050.  La France devient ainsi le troisième pays à annoncer cet objectif, après la Suède, qui veut y parvenir en 2045 et le Costa-Rica en 2021.

 Devenir carbo-neutre ne signifie pas qu’on ne produira plus d’émissions de gaz à effet de serre, mais il faudra que le bilan des absorptions et des émissions soit équilibré. Pour y arriver, il faut diminuer les émissions et augmenter les absorptions. Divers moyens de diminuer les émissions sont envisagés, dont l’interdiction de vendre des voitures à moteur thermique après 2040 annoncée dans la foulée du nouveau Plan climat français. Mais que faire pour les absorptions ?

 La semaine précédente, l’Institut national de la recherche agronomique et l’Institut national de l’information géographique et forestière ont publié une étude majeure sur la contribution des forêts françaises à la lutte aux changements climatiques. L’étude examine les freins et leviers forestiers à l’horizon 2050 (http://institut.inra.fr/Missions/Eclairer-les-decisions/Etudes/Toutes-les-actualites/Forets-filiere-foret-bois-francaises-et-attenuation-du-changement-climatique#). En gros, la question qu’on y pose est doit-on laisser pousser les forêts pour stocker un maximum de carbone en 2050 ou au contraire, intensifier la coupe pour atteindre un meilleur résultat en termes de lutte aux changements climatiques. En s’intéressant à la façon dont la filière forêt-bois dans son ensemble pourrait poursuivre, voire accroître, sa contribution à la lutte aux changements climatiques, on a comparé les effets de plusieurs scénarios d’évolution des forêts françaises dans les trois prochaines décennies. La réponse est paradoxale, mais claire : quel que soit le scénario d’exploitation envisagé, les résultats montrent un renforcement probable du rôle de la filière forêt-bois française dans l’atténuation des émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2050. Quel que soit le scénario d’impact (hausse des températures, tempêtes, incendies, invasions biologiques), la capacité de stockage de carbone de la filière à l’horizon 2050 reste positive et ce d’autant plus que la gestion forestière est active. Il faut planter, éduquer les peuplements, récolter les bois pour alimenter les filières des matériaux de construction, du meuble, mais aussi de la chimie verte et de la substitution des carburants fossiles pour la production d’électricité et de chaleur. C’est tout un programme, mais les retombées sur le climat et l’économie locale sont significatives.

L’exemple français devrait inspirer de telles études au Québec. Actuellement, on ne connaît à peu près rien du potentiel de notre forêt exploitée ou préservée pour la lutte aux changements climatiques. Le gouvernement du Québec n’a même pas encore publié sa méthodologie pour évaluer les crédits de carbone qui pourraient résulter de projets dans le secteur forestier.

Nous avons bien sûr mis en place des dispositifs expérimentaux dans le projet Carbone boréal (http://carboneboreal.uqac.ca) mais il faudra encore bien des années pour avoir des résultats probants et ils ne s’appliqueront qu’à une portion de la forêt qui, de toutes façons ne fait pas partie de la possibilité forestière. Pour la substitution des carburants fossiles, notre analyse de cycle de vie réalisée pour le Réseau biomasse forestière Matapédia montre avec éloquence le bénéfice pour le climat de ce genre d’opérations. Le Québec dispose d’une immense capacité forestière qui pourrait contribuer plus efficacement à la lutte aux changements climatiques et peut-être prétendre nous aussi à la carbo-neutralité en 2050. Il faudrait bien quelques études comme celles de la France pour le réaliser pleinement.

Claude Villeneuve
Professeur titulaire
Directeur de la Chaire en éco-conseil
Département des sciences fondamentales
Université du Québec à Chicoutimi

La pointe de l’iceberg

Une étude parue dans le Proceedings of the National Academy of Sciences le 10 juillet a beaucoup fait parler. Les auteurs y traitent de l’extinction de masse des vertébrés à laquelle on assiste actuellement et qui semble s’accélérer inexorablement (http://www.pnas.org/content/early/2017/07/05/1704949114.full). Il s’agit d’une recension de l’état des populations de 27 600 espèces de vertébrés terrestres, c’est-à-dire près de la moitié des espèces de vertébrés répertoriées par les biologistes. Ils ont aussi étudié de façon plus détaillée 177 espèces de mammifères dont les populations ont été suivies entre 1900 et 2016. Les constats sont alarmants.  Le tiers des espèces dans l’échantillon global ont connu une réduction de leur aire de répartition et de leurs effectifs. Dans le groupe plus restreint, 40% ont subi des réductions qualifiées de sévères, ce qui les menace de disparition. La vitesse observée des extinctions dans le dernier siècle est cent fois plus élevée que la vitesse « naturelle » qu’on pourrait observer sans la présence de l’humain. Mais pourquoi ?

 La question est complexe. Depuis 1900, les effectifs de l’humanité se sont multipliés par cinq et nous consommons beaucoup plus de ressources et d’espace par personne aujourd’hui que nos ancêtres. Nous produisons aussi beaucoup plus de déchets et notre activité économique s’accompagne d’émissions de gaz à effet de serre qui modifient rapidement le climat global, ce qui a des conséquences dramatiques sur les espèces vivantes. L’élevage et l’agriculture occupent de plus en plus d’espaces qui étaient autrefois sauvages. L’agriculture industrielle appauvrit les sols et l’usage des pesticides affecte les écosystèmes environnants. Les villes, les routes, les aéroports et autres infrastructures rongent l’espace écologiquement productif. Sans compter que le dérèglement du climat accélère la désertification et que la pollution des eaux douces fait disparaître les espèces de poissons les plus fragiles.

 Mais les espèces océaniques aussi sont menacées. Certes, nous prélevons des poissons par la pêche, pour nous nourrir ou pour nourrir les poissons en aquaculture, mais les pêcheries excèdent trop souvent la capacité de renouvellement des stocks, ce qui provoque leur effondrement. Les déchets comme les plastiques se retrouvent dans les océans où ils menacent la vie marine. On estime en effet que 8 millions de tonnes de déchets en plastique se retrouvent à chaque année dans les océans. Pire encore, l’augmentation de la concentration de CO2 provoque une acidification de la surface océanique, ce qui nuit aux coraux et à de nombreuses espèces d’invertébrés marins et de larves de poissons.

 Faut-il pour autant jeter la serviette ? Ce n’est pas la bonne attitude à encourager. Beaucoup de choses se sont améliorées depuis les années 1980 où on a commencé à anticiper la disparition accélérée de la biodiversité. D’abord la science nous a permis de mieux mesurer les phénomènes et de prendre conscience de la vitesse à laquelle évolue la dégradation des écosystèmes et les causes sous-jacentes. Cela a catalysé l’action à l’échelle nationale et internationale pour renverser le phénomène. On n’y est pas encore, mais il est au moins possible de penser qu’on pourra limiter les dégâts.

 La diminution des effectifs et de l’aire de répartition des espèces de vertébrés n’est que la pointe de l’iceberg. La dégradation globale de l’environnement nous réserve encore bien des surprises, et pas des meilleures. Mais la disparition d’une espèce, est irréversible. Il n’y a pas de retour en arrière. L’étude de Ceballos, Erlich et Dirzo a le mérite de mettre des chiffres crédibles pour souligner l’urgence d’agir. C’est un indice du travail qu’il nous faudra faire dans les prochaines décennies si l’on veut léguer à nos enfants une planète vivable.

Claude Villeneuve
Professeur titulaire
Directeur de la Chaire en éco-conseil
Département des sciences fondamentales
Université du Québec à Chicoutimi

Une clé pour la durabilité

L’année scolaire se termine et pour les enseignants, le  temps est au bilan avant les vacances réparatrices. Je voudrais souligner leur engagement et leur dévouement dans des conditions pas toujours faciles. Mais il faut accorder à César ce qui appartient à Jules comme le disait Astérix.  Sans le travail des éducateurs, le développement durable ne sera jamais une réalité.

 Dans le rapport 2016 sur les Objectifs de développement durable (ODD) qui sera proposé à la réunion du Forum politique de haut niveau des Nations Unies dans un mois, les progrès de divers indicateurs sont recensés. Le quatrième des ODD stipule qu’il faut assurer l’accès de tous à une éducation de qualité, sur un pied d’égalité, et promouvoir les possibilités d’apprentissage tout au long de la vie. Malgré des progrès certains sur le plan de l’alphabétisation un peu partout dans le monde, il reste des endroits préoccupants comme l’Afrique subsaharienne où des millions d’enfants, et en particulier des filles, sont privés d’accès au primaire. Dans d’autres pays, la majeure partie de l’enseignement est assuré par le privé, ce qui empêche les plus pauvres d’y accéder. La scolarisation secondaire est encore déficiente et les études supérieures sont réservées à l’élite. C’est une situation comparable à celle que nous vivions au Québec en 1950. Heureusement, la révolution tranquille a profondément changé les choses et permis que notre société soit aujourd’hui mieux équipée que jamais pour relever les défis du développement durable.

C’est en effet par le monde de l’éducation qu’on peut transformer durablement une société. Il faut bien sûr du temps. En éducation, les progrès sont quelquefois mesurables seulement à l’échelle d’une génération. À titre d’exemple, j’aimerais évoquer l’éducation relative à l’environnement (ERE), qui a été le fil conducteur de ma carrière.

Les personnes qui ont connu les décennies 1960-1970 se souviendront que le Québec était un paradis de la pollution selon le titre d’un livre publié par Jean-Pierre Rogel en 1981. Les premiers projets d’épuration des rejets industriels datent de la fin des années 1970. Avant, tout était rejeté dans l’air ou dans l’eau, on ne se préoccupait pas de la qualité des sols ni des impacts sur la santé des contaminants.  Au niveau domestique, les déchets étaient jetés en pleine nature ou brûlés au dépotoir. Les égouts se déversaient dans le cours d’eau le plus proche et on construisait des routes en remblayant des milieux humides. Ce sont des choses qui sont inimaginables aujourd’hui. Pourquoi ? Bien sûr, les règlements ont changé, mais surtout l’attitude des gens envers l’environnement a changé à mesure que se développaient des formations plus spécialisées, mais aussi à mesure qu’on introduisait dans le curriculum des écoles primaires et secondaires des initiatives d’ERE pour tous.

J’ai souvenir d’avoir créé des outils d’ERE dès 1983 avec la direction des cours par correspondance du Ministère de l’éducation. D’abord un premier cours puis un second en 1989 plus avancé qui a été suivi par plus de 1000 étudiants. J’ai aussi fait partie du CA de Environnement Jeunesse pour produire du matériel destiné à favoriser l’ERE dans les écoles et les CEGEP. En 1989, nous avons créé l’Association québécoise pour la promotion de l’ERE. En 1993, grâce à l’engagement de la Centrale de syndicats du Québec, le mouvement des établissements verts Brundtland est né. Ces deux organismes ont été à l’origine du premier sommet Planèt-ERE en 1997. Chacune de ces initiatives a été rendue possible grâce au travail des enseignants.

Aujourd’hui, le Forum Planèt-ERE en est à sa sixième édition. Le thème est la promotion des saines habitudes de vie. C’est encore une fois par l’école et avec les éducateurs que nous arriverons à changer durablement notre société pour le mieux-être de tous, dans un environnement plus sain. Merci à toutes celles et ceux qui nous forgent un avenir meilleur.

Claude Villeneuve
Professeur titulaire
Directeur de la Chaire en éco-conseil
Département des sciences fondamentales
Université du Québec à Chicoutimi