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Catastrophe en vue ?

Il y a des articles scientifiques qui frappent l’imagination. Certains ouvrent de nouvelles perspectives étonnantes, d’autres laissent entrevoir des catastrophes. C’est le cas d’un papier publié le 1er décembre dans la prestigieuse revue Nature qui donne une mesure de l’évolution du carbone des sols dans un contexte de réchauffement climatique (http://www.nature.com/nature/journal/v540/n7631/full/nature20150.html). Si on en croit les prévisions de cette équipe internationale, une véritable catastrophe planétaire est possible si on ne réussit pas immédiatement à stopper le réchauffement du climat induit par l’activité humaine.

On sait depuis longtemps que le plus grand réservoir de carbone continental se trouve dans les sols. Qu’il s’agisse des sols agricoles, forestiers, ou du pergélisol de l’Arctique, le carbone s’y présente sous diverses formes. On y trouve surtout de la matière organique provenant des restes de plantes et du CO2 qui résulte du métabolisme des racines et des microorganismes du sol (bactéries, champignons et invertébrés. Les sols échangent le carbone avec l’atmosphère parce que les plantes le captent par la photosynthèse et que la décomposition produit du CO2 en présence d’oxygène et du méthane lorsque l’oxygène est absent. Dans le pergélisol, les échanges sont très lents.

Les chercheurs ont regroupé les données de 49 expériences analysant la réponse des sols à la hausse de température en Europe, en Amérique du Nord et en Asie. Certaines de ces études couvrent plus d’une dizaine d’années. En gros, les conclusions montrent que les flux de carbone vont s’accélérer avec une augmentation de la température, mais que le flux net des sols vers l’atmosphère va dominer, surtout dans les sols nordiques et en particulier le pergélisol. Selon leurs estimations, pour un réchauffement de un degré supplémentaire à aujourd’hui, ces émissions pourraient dépasser la contribution des Etats-Unis d’ici 2050. Cela excède l’ensemble des efforts mondiaux de lutte aux changements climatiques actuellement prévus pour limiter la hausse à moins de 2 degrés. Ce serait bien sûr catastrophique.

Jusqu’ici, le pergélisol était une inconnue dans les modèles climatiques. On ne pouvait l’y intégrer en raison des trop grandes incertitudes. L’étude signée par plus de 50 scientifiques réduit cette incertitude et démontre qu’il faudra tenir compte de cette boucle de rétroaction positive (plus de réchauffement entraîne plus d’émissions qui occasionnent plus de réchauffement) dans les futures modélisations. Mais il reste encore beaucoup de choses à préciser avant de prédire l’emballement irréversible de la machine climatique. Heureusement !

Il s’agit d’une possibilité dont nous devons tenir compte et qui augmente encore l’urgence d’agir si cela n’était pas encore assez clair. Dans ce contexte, il faut apporter aux sols une attention particulière dans notre gestion du climat. Dans nos régions, cela veut dire augmenter la captation de carbone, par exemple par des plantations en zone boréale (http://carboneboreal.uqac.ca). Il faut aussi enrichir les sols agricoles pour y stocker un maximum de carbone. On peut y arriver en adoptant le semis direct, les engrais verts mais aussi en ajoutant aux sols qui s’y prêtent, du biocharbon ce qui en augmentera à la fois la fertilité et la teneur en carbone stable.

C’est bien beau, mais ce sera insuffisant. Il faut d’abord agir à la source, sur les émissions qui provoquent le réchauffement. Dans ce cadre, il serait avisé de remettre en question le développement du pétrole des sables bitumineux, les pipelines pour le transporter et la fracturation hydraulique comme mode de production du gaz et du pétrole de schiste. Il faut aussi réduire la demande en utilisant des véhicules plus efficaces et moins gourmands. On dira que c’est contre productif pour l’économie à court terme, mais on n’a pas le choix. L’économie s’adaptera plus vite que le climat.

Claude Villeneuve
 Professeur titulaire
 Directeur de la Chaire en éco-conseil
 Département des sciences fondamentales
 Université du Québec à Chicoutimi
 claude_villeneuve@uqac.ca

Événement éco-conseil 2017

Comme chaque année les étudiants du DESS en éco-conseil de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) organisent un événement éco-responsable axé sur le développement durable. L’événement se déroule du lundi 17 au jeudi 19 janvier 2017 sur le thème des alternatives alimentaires avec deux journées d’activités de sensibilisation et se termine par un colloque. L’objectif est de sensibiliser le public aux problèmes liés aux modes de production, de transformation, de distribution et de consommation d’aujourd’hui. Nous voulons également présenter des solutions et alternatives alimentaires, qui pourraient être les fondements de l’alimentation de demain.

Voir le site :

http://www.uqac.ca/evn2016/

 

Une limite à la transition énergétique

La 22ème conférence des Parties sur le climat (CdP22) vient de se terminer à  Marrakech. Elle a été l’occasion du dépôt de plusieurs analyses et prospectives concernant les moyens à prendre pour limiter l’augmentation de la température planétaire en bas de 2 degrés au 21ème siècle. Le domaine de l’énergie a été mis en vedette, comme il se doit car c’est de ce secteur que proviennent la majorité des émissions de gaz à effet de serre (GES) affectant le climat planétaire. C’est donc dans le secteur des carburants fossiles qu’il faut porter les premiers efforts pour réduire les émissions de GES car ils représentent encore 80% de l’approvisionnement en énergie primaire utilisée dans le monde. On a baptisé « transition énergétique » le changement nécessaire pour réduire la dépendance de l’humanité aux carburants fossiles tout en continuant de satisfaire les besoins en services énergétiques (électricité, chauffage, force motrice) d’une population. Au Québec, par exemple, on a fait une certaine transition énergétique en remplaçant le chauffage au mazout par le chauffage à l’hydroélectricité dans les années 1990. La volonté du gouvernement de réaliser une électrification des transports dans les prochaines décennies s’inscrit aussi dans cette transition. Mais au Québec, plus chanceux qu’intelligents, la chose est facile. Notre électricité provient à 99% de sources renouvelables, hydroélectricité et éolienne, et le potentiel est encore important à coût raisonnable. Pour le reste du monde il en va tout autrement avec une demande qui devrait augmenter de près de 50% d’ici 25 ans.

Chaque année, l’Agence internationale de l’Énergie (AIÉ), un organisme de l’OCDE, publie le Global Energy Outlook, un rapport de prospective sur l’évolution de la situation énergétique dans le monde. Dans sa dernière mouture lancée le 16 novembre, l’AIÉ examine divers scénarios de transition énergétique pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris. Mais cette fois-ci, elle met le doigt sur une limite qu’on n’avait pas vue et qui disqualifie certains de ces scénarios. On y apprend en effet que pour passer des carburants fossiles à d’autres sources d’énergie renouvelables ou à faible impact en émissions de GES comme le nucléaire, le facteur déterminant pourrait bien être la disponibilité de l’eau.

 Les experts de l’AIE rappellent une donnée fondamentale: pas de production d’énergie possible sans eau. Il faut de l’eau pour extraire du charbon, pour faire la fracturation hydraulique, raffiner des hydrocarbures, refroidir des centrales électriques (thermiques et nucléaires), actionner les turbines des barrages, fabriquer des agrocarburants. Même les panneaux photovoltaïques ont besoin d’être dépoussiérés. Naturellement, les besoins de chaque filière sont variables mais les plus beaux projets peuvent se voir limités par la disponibilité de l’eau, surtout dans les zones semi-désertiques. Ce besoin en eau entre en compétition avec la production agricole et l’approvisionnement des industries et des ménages. L’irrigation consomme en effet 70% de l’eau douce que nous prélevons alors que l’eau potable, l’industrie et l’énergie se partagent également le 30% restant. Sur les 400 milliards de mètres cubes prélevés pour l’énergie, aujourd’hui, 87% sert au refroidissement des centrales, 5% à l’extraction d’hydrocarbures et 7% à la production d’agrocarburants. Les filières d’énergie renouvelables sont-elles plus sobres ? Pas nécessairement. S’il faut très peu d’eau pour produire 1 megawattheure (MWh) d’électricité avec un parc d’éoliennes ou une centrale hydroélectrique, la production d’une tonne équivalent pétrole d’éthanol de canne à sucre demande 1 million de litres d’eau et il en faut 1000 litres par MWh avec une centrale géothermique ou solaire.

Rien n’est simple. Dans la planification de la transition énergétique, il faudra avoir une vision globale !

Vingt-cinq ans, minimum !

J’ai assisté jeudi soir avec ma conjointe au cocktail bénéfice qui soulignait les 25 ans du Centre Québécois de Développement Durable (CQDD).  Cet événement avait une grande signification pour moi car j’ai été en 1991 le président fondateur de la Région Laboratoire du développement durable (RLDD) qui a donné le CQDD en 2003. Avant d’en arriver à la création de la RLDD, il avait fallu plusieurs années de travail patient. J’y célébrais donc plutôt un trentième anniversaire.

 Cette soirée très sympathique à l’Hôtel Chicoutimi avait pour but de faire la promotion du CQDD, mais aussi d’apporter du financement à la Fondation du développement durable qui a été créée en même temps que la RLDD. Cinq champions du développement durable de notre région avaient été invités pour l’occasion (Catherine Munger, conseillère principale en environnement de Rio Tinto, Éric Larouche président de l’Hôtel Chicoutimi et Pétrole RL, François Gagné, président de Spectube, Yves Girard, directeur général de la coopérative Nutrinor et Pierre Lavoie, co-fondateur du Grand défi Pierre Lavoie).

 À la lumière de leurs témoignages, trois éléments m’apparaissent indispensables à souligner concernant l’idée du développement durable dans la région du Saguenay Lac Saint-Jean. Ces éléments nous distinguent et nous mettent en avance dans le monde. D’abord, contrairement à l’interprétation  encore largement répandue, quand on parle de développement durable, il ne s’agit pas que de la conservation et de la protection de l’environnement. Nos champions ont parlé d’entreprises prospères, de travailleurs heureux, de saines habitudes de vie, de vitalité culturelle ET d’environnement. Il s’agit d’un progrès manifeste qui aurait été impensable il y a 25 ans. En 1991, on opposait simplement économie et environnement et le modèle des trois sphères (économique, social et environnement) faisait figure d’innovation.

 Deuxièmement, l’importance du changement des valeurs sociales avec le passage des générations a été fortement soulignée. La montée en puissance des valeurs environnementales bien sûr, mais aussi l’ouverture aux autres, le pacifisme, la solidarité entre les humains et la prévention dans le domaine de la santé sont des valeurs nouvelles qui vont caractériser la prochaine génération. Il est plus que temps de s’y préparer.

 Enfin, et ce qui m’a fait le plus plaisir, la reconnaissance du rôle de l’éducation à tous les niveaux et l’intelligence de l’accompagnement plutôt que la confrontation sont ressorties comme les clés de cette transformation sociale qui sous-tend l’idée que le développement puisse être durable. Depuis plus de 40 ans, c’est ma conviction profonde qu’on ne peut changer le monde sans éducation. Par l’éducation, les professeurs du primaire à l’université, les formateurs techniques, les vulgarisateurs scientifiques nous permettent jeunes comme moins jeunes d’envisager les choses autrement, d’ouvrir notre esprit aux différences, d’écouter avant de critiquer, de construire plutôt que de détruire et de découvrir les lois de la Nature pour mieux l’apprécier et la protéger.

 Il y a 25 ans, cela serait passé pour une utopie de « pelleteux de nuages ». Aujourd’hui, c’est un discours articulé qui nous est partagé par des gens d’affaires, des leaders crédibles. Il sera d’autant plus facile pour eux de convaincre leurs pairs et les hommes et femmes politiques qui définiront notre avenir.

 Pendant la soirée, j’ai rencontré plusieurs anciens élèves et des partenaires de la Chaire en éco-conseil qui ont souligné combien la persévérance de notre travail les a influencés et rendus meilleurs pour affronter les défis d’aujourd’hui. Mais le secret du développement durable, c’est le temps. Il ne faut pas avoir peur de voir loin. En 1991, les générations futures se concevaient à l’horizon 2016. Il faut d’ores et déjà envisager le monde de 2041. Longue vie au CQDD !

Enfouir le CO2 : quels espoirs ?

Avec l’entrée en vigueur de l’Accord de Paris vendredi dernier, il devient impératif que tous les pays se mettent en mode solution. Il faudra réduire, si cela est possible, les émissions de gaz à effet de serre de manière telle qu’on puisse maintenir le réchauffement au dessous de 2 degrés C d’ici la fin du siècle. La tâche est énorme, dans un contexte où la population continuera de croître, tout comme la consommation individuelle de biens et d’énergie. Il est clair que dans les pays industrialisés il faudra changer certaines habitudes de vie, appliquer des mesures d’efficacité énergétique et augmenter là où c’est possible, la proportion d’énergie de source renouvelable. Mais il demeure que tout cela ne fera pas le poids. En effet, la proportion de carburants fossiles dans la fourniture d’énergie primaire qui est de 80% à l’heure actuelle à l’échelle mondiale sera au mieux encore de 60% en 2040. Comme la croissance prévue de la demande énergétique augmentera de 60 à 70%, les émissions liées à la combustion seront encore plus élevées en 2040 qu’aujourd’hui. Il faudra de toute évidence trouver d’autres solutions et les déployer rapidement. Le captage et le stockage du CO2 (CSC) s’inscrit dans cette optique.

L’idée est simple. À partir d’une source ponctuelle de CO2, par exemple une centrale thermique au charbon ou au gaz qui  produit de l’électricité, on capte de CO2 de la cheminée pour le pomper sous pression dans une formation géologique où il sera emprisonné. En termes de changements climatiques, on peut penser que l’électricité produite par cette centrale serait dorénavant neutre en émissions. Tout cela est bien séduisant pour des ingénieurs et équipementiers. En effet, les technologies existent, il ne reste qu’à concevoir le projet et à trouver le financement pour le construire et l’opérer. C’est là où le bât blesse… En effet, chaque projet est particulier et exige qu’on l’adapte au flux gazeux, au procédé industriel, à la compétition sur les marchés. Il faut aussi disposer  d’une formation géologique appropriée pour recevoir et conserver de manière durable et sécuritaire les millions de tonnes de gaz qui y seront injectées. Tout cela a un coût et ce n’est pas donné. Malgré la beauté du concept, il y a donc très peu d’usines de CSC qui se sont implantées dans le monde.

Lorsqu’il est devenu évident que cette technologie devait être déployée à large échelle, les industriels ont demandé l’aide gouvernementale pour établir des projets pilotes. En conséquence, il n’y a qu’une vingtaine d’usines de CSC qui enfouissent entre 20 et 30 millions de tonnes de CO2 par année. Cette capacité devrait monter à 40 millions de tonnes en 2020. Pour donner un ordre de grandeur, la fermeture d’une vieille centrale au charbon à Hazelwood en Australie réduira les émissions de ce pays de 16 millions de tonnes par année. Selon le Global Carbon Capture and Storage Institute il faudrait installer des usines de CSC capables de retirer 4 milliards de tonnes de CO2 à chaque année d’ici 2040, c’est à dire 100 fois plus que ce qui sera réellement en place en 2020 !

Pour arriver à la cible de l’Accord de Paris, il faudrait que le CSC traite 6 milliards de tonnes de CO2 par année en 2050 et encore plus par la suite car il faudra éventuellement non seulement éliminer les émissions, mais aussi séquestrer du CO2 généré à partir de la biomasse, pour réaliser ce qu’on appelle dans notre jargon des « émissions négatives ».

Le CSC est une approche « bout du tuyau ». Elle ne change rien au paradigme dominant. Elle ne peut donc pas être une solution unique, ni même déterminante pour atteindre la cible de l’Accord de Paris. Toutefois, dans la panoplie des outils qui s’offrent à notre société, sa mise en œuvre est nécessaire, mais en aucune façon suffisante. Finalement, le CSC ne sera jamais adopté à large échelle sans un prix très élevé du carbone.

Claude Villeneuve
Professeur titulaire
Directeur de la Chaire en éco-conseil
Département des sciences fondamentales
Université du Québec à Chicoutimi
claude_villeneuve@uqac.ca

Un grand scientifique nous a quittés

Mardi dernier s’est éteint  le Dr. Fred Roots, un scientifique canadien mondialement connu. Âgé de 93 ans, il était l’une des personnes les plus fascinantes que j’aie côtoyées. Né à Banff et orphelin de père très jeune, il a complété ses études comme  ingénieur géologue à l’Université de Colombie Britannique et obtenu son doctorat en géologie de la prestigieuse université Princeton aux Etats-Unis. En 1949, il a rejoint la Scott Polar Research Institute de Grande-Bretagne comme géologue en chef d’une expédition internationale de trois ans en Antarctique. C’est à cette occasion qu’on a trouvé les premières preuves des changements climatiques. Sa carrière a été extraordinaire. Il est considéré comme un des grands explorateurs du vingtième siècle, ayant participé à des dizaines d’expéditions scientifiques dans l’Arctique, l’Antarctique, l’Himalaya et les Rocheuses en tant que géologue principal. Il détient également le record du plus long voyage autonome (189 jours) en traîneau à chiens.

Il a aidé à rédiger le Traité sur l’Antarctique, qui préserve le continent entier comme territoire apatride dédié à la recherche scientifique. Une chaine de montagnes a d’ailleurs été nommée en son honneur “Antarctica Roots Range” et en mars dernier, il a reçu la plus prestigieuse récompense pour un explorateur : la Explorer Medal du Explorer’s Club (https://explorers.org/news/news_detail/the_2016_explorers_club_annual_awardees) au palmarès de laquelle il figure avec des légendes comme Robert Peary (1914), Roald Amundsen (1927), Edmund Hillary (1986), Jane Goodall (1993).  En 1968, il a participé à la création du Programme sur l’Homme et la biosphère (MAB) de l’UNESCO. Il a également été le fondateur du Comité MAB canadien. Tout cela peut apparaitre bien loin de nous. Pourtant Fred Roots a considérablement influencé mon histoire personnelle et contribué à laisser des traces durables au Québec.

J’ai rencontré Fred à Hamilton en Ontario en 1984, à l’occasion d’une conférence du MAB Canada qu’il présidait. À l’époque, comme aujourd’hui, je me passionnais pour l’éducation relative à l’environnement et cette conférence avait été l’occasion de créer un réseau MAB Canada pour l’éducation relative à l’environnement, le MAB-Net, auquel j’ai participé avant de siéger au Programme canadien des changements à l’échelle du globe, puis à la Commission des sciences de la Commission canadienne pour l’UNESCO que j’ai  présidé de 2000 à 2004. Fred Roots a écrit la préface de la première édition de « Vivre les changements climatiques » parue en 2001. Il a aussi soutenu la création du programme de DÉSS en Éco-conseil que nous avons démarré à l’UQAC la même année, puis la création de la Chaire en éco-conseil en 2003. Il a aussi soutenu un de nos étudiants Jean-Philippe Lafontaine-Messier, pour la création de la réserve de la biosphère Manicouagan-Uapistat située au nord de Baie Comeau. Conseiller scientifique émérite à Environnement Canada, Fred Roots était un homme d’action, un esprit universel et un mentor qui nous a guidés avec son enthousiasme et son énergie communicative. Son action auprès du groupe « Students on Ice » auquel il a participé aux expéditions polaires jusqu’à l’hiver dernier en témoignent (https://www.youtube.com/watch?v=_QCv1C6q1RU&feature=youtu.be).

La science se construit à travers la contribution de multiples générations de personnes dédiées à résoudre les mystères de la nature. Nul ne peut s’attribuer le mérite de son évolution, nous avons besoin de géants comme Fred Roots pour voir plus loin. Mais la science ne se fait pas dans un monde débranché de la réalité. Il nous a montré que le progrès des connaissances devait être partagé et mis au service de la communauté. Il demeurera une source d’inspiration pour ceux et celles qui veulent aller au-delà des idées reçues.

En mémoire de Fred Roots

Claude Villeneuve
 Professeur titulaire
 Directeur de la Chaire en éco-conseil, DSF, UQAC
 claude_villeneuve@uqac.ca

Monsieur Roots était un ami qui a signé la préface de la première édition de mon livre Vivre les changements climatiques en 2001 et qui a soutenu la création du programme de DÉSS en éco-conseil en 2000 ainsi que la création de la chaire en 2003.

À l’époque j’étais président de la Commission des sciences naturelles sociales et humaines de la Commission canadienne pour l’UNESCO.

Fred Roots a aussi beaucoup aidé Jean Philippe Lafontaine -Messier diplômé du DÉSS en éco-conseil pour la création de la Réserve de la Biosphère Manicouagan-Uapistat dans laquelle j’ai aussi été impliqué à titre de prof à l’UQAC.

Message sent on behalf of Sébastien Goupil, Secretary-General, Canadian Commission for UNESCO

Dear colleagues,

It is with great sadness that we learned of the passing of CCUNESCO’s long-time friend and supporter, Dr. Fred Roots. Many of you will remember him taking an active part in our AGMs, talking with passion and enthusiasm about biosphere reserves and the connection between nature and humankind.

In 1968, Dr. Roots—Fred, as we used to call him—participated in the UNESCO Man and the Biosphere Programme.  He was also the founder of the Canadian MAB Committee, which he chaired.  He was a devoted and relentless supporter of the MAB Programme in Canada. In a recent correspondence with CCUNESCO, Fred Roots wrote:

We should always keep in mind that the Man and the Biosphere Programme is essentially a scientific exercise and objective, [which] includes the four main scientific activities of UNESCO—atmosphere, water (fresh and oceans), solid land, and biology (including people)—and that UNESCO itself is an institution of Education, Science, and Culture –ESC. Biosphere Reserves are a principal means by which MAB contacts and incorporates the other three scientific domains within both a local and international context, and demonstrates the essential inter-relation of Education, Science, and Culture. Biosphere Reserves are not an easy concept, but they are real; and when they work well, their importance and influence increases year by year.”

In recent years, Fred Roots had been an invaluable advisor, mentor, participant and founding father of the international “Students on Ice” expedition program, sharing his vast knowledge, passion and experience with new generations.

Fred Roots has a mountain chain named after him: Antarcticas “Roots Range.” He was the author of over 250 scientific papers and reports on polar, environmental and global change subjects. He participated in dozens of scientific expeditions in the Arctic, Antarctic, Himalayas and Rockies as a senior geologist. He also holds the record for longest unsupported dogsled journey, for a total of 189 days. He helped author the Antarctic Treaty, which preserves the entire continent as a stateless territory dedicated to scientific research.

Fred Roots was Science Advisor Emeritus to Environment Canada. He graduated in geological engineering at the University of British Columbia, and received his PhD in geology from Princeton University. He has been recognized by the Explorers Club in NYC with their highest award, the Explorers Club Medal, one he shares with some famous explorers: Knud Rasmussen, Roald Amundsen, Neil Armstrong and Jane Goodall.

The Canadian Commission for UNESCO celebrates the contribution of this great Canadian and extends its deepest sympathy to his family and friends.

Tribute Video by Students on Ice:

https://www.youtube.com/watch?v=_QCv1C6q1RU&feature=youtu.be

La nature de la Nature

 Je suis toujours mal à l’aise avec les commentaires qui accompagnent les documentaires sur la nature. Malgré des images époustouflantes et une facture soignée, les auteurs des textes d’accompagnement gâchent la valeur scientifique du produit final. Sous prétexte de vulgarisation, on y raconte le plus souvent n’importe quoi. J’en prends comme exemple l’emploi de formules comme : « Cet animal a évolué pour … » ou encore « Les espèces dans cet écosystème doivent maintenir son équilibre … ». Ces expressions, en apparence anodines, portent un bagage qui n’est pas représentatif de la réalité ni des bases scientifiques de la biologie évolutive.

Cette science nous apprend en fait que l’évolution n’est pas un phénomène déterministe, c’est-à-dire qu’elle n’est pas dirigée vers un but et qu’elle ne procède pas par des étapes prévisibles. Charles Darwin nous a appris il y a plus de 150 ans que le moteur de l’évolution est la sélection naturelle. Cette dernière, souvent résumée par la formule « la survie du plus apte » signifie que lorsque des individus de la même espèce sont confrontés à une condition limitative du milieu, celui qui tirera le mieux son épingle du jeu survivra et pourra passer ses gènes à la génération suivante. Comme je dis à mes étudiants : « Au CÉGEP de la vie, il n’y a que deux cours, Survie 101 et Reproduction 101, et le premier est un prérequis absolu pour faire le second. » Ainsi, comme le remarquait Darwin, et bien avant lui Linné, les plantes et les animaux font beaucoup plus de descendants à chaque génération que le milieu ne peut en accueillir. Seuls les plus aptes, c’est-à-dire les mieux pré-adaptés survivent. Cette préadaptation peut prendre diverses formes. Dans certains cas, c’est le plus fort, le plus intimidant ou au contraire c’est le mieux dissimulé, le plus rusé ou simplement le plus chanceux qui se trouve là où le prédateur ne l’attend pas qui vont survivre.

 Dans les périodes de stabilité, l’évolution est donc conservatrice. Les plantes et les animaux se ressemblent d’une génération à l’autre et l’observateur se dit que « La Nature est bien faite » puisque d’une génération à l’autre, les choses semblent immuables. Il en va de même pour « l’équilibre » des écosystèmes. Puisque les populations d’organismes interagissent les unes avec les autres et avec leur milieu, les écosystèmes changent très lentement dans le temps et se maintiennent autour d’un équilibre dynamique. En revanche, lorsqu’une perturbation d’origine humaine ou naturelle change brutalement les conditions du milieu, c’est une nouvelle donne. Dans le cas d’un incendie ou d’une coupe en forêt boréale par exemple, le milieu ouvert sera recolonisé par les espèces qui sont présentes à proximité ou celles dont les graines ont survécu au désastre. La nouvelle forêt ressemblera à terme à celle qui a été détruite parce que les espèces sont pré-adaptées aux conditions du climat local. Il n’y a pas de plan déterminé, simplement un effet du hasard et de la nécessité comme le résumait le titre du livre paru en 1970 sous la plume de Jacques Monod, prix Nobel de médecine en 1965.

 Ainsi, les plantes et les animaux n’évoluent pas POUR quelque chose. Ils évoluent EN FONCTION des contraintes du milieu. C’est pour cela que des espèces comme l’Agrile du frêne introduites dans de nouveaux milieux deviennent invasives. Elles sont pré-adaptées aux conditions locales et elles réussissent mieux que les espèces indigènes qui ne sont pas pré-adaptées au nouvel arrivant. La biologie évolutive est pleine d’exemples qui démontrent que les espèces ont foisonné et buissonné dans l’histoire de la Terre et la Nature avec laquelle nous vivons aujourd’hui n’est pas meilleure ni moins bonne que celle d’il y a cinq ou dix millions d’années. Elle est différente. C’est tout. La Nature n’a ni éthique, ni projet. La Nature EST, c’est tout. C’est notre regard, nos fantasmes et nos valeurs qui lui prêtent des intentions.

Claude Villeneuve
Professeur titulaire
Directeur de la Chaire en éco-conseil
Département des sciences fondamentales
Université du Québec à Chicoutimi
claude_villeneuve@uqac.ca

Les municipalités et les Premières Nations participeront à des projets conjoints de gestion des matières résiduelles solides

Ottawa, le mardi 4 octobre – La Fédération canadienne des municipalités (FCM) invite les municipalités et les Premières Nations à faire une demande au nouveau Projet de partenariats en infrastructures communautaires (PPIC) pour mettre en oeuvre des projets de gestion des matières résiduelles solides.

CIPP_communiqué_4oct2016

Ni l’un, ni l’autre

Le gouvernement du Canada a annoncé qu’il ne changerait pas sa cible de réduction des gaz à effet de serre (GES) à l’horizon 2030 pour répondre à l’Accord de Paris. Ce recul apparent d’ambition n’est pas anodin. Le développement de l’économie canadienne, axé sur l’extraction de ressources naturelles pour les marchés d’exportation a imprimé une empreinte forte qui se traduit aujourd’hui par une difficulté de changement d’autant plus grande qu’on a beaucoup investi dans ce modèle non soutenable.

Il y a cinquante ans, j’apprenais à l’école que l’amiante était un minéral merveilleux, porteur d’avenir pour de multiples secteurs industriels en raison de ses propriétés ignifuges, isolantes, textiles, etc. On en voyait partout. Le marché semblait illimité. En plus, le Québec disposait des plus grands gisements d’amiante du « monde libre » et il était source de prospérité pour la région d’Asbestos. En 1977, le Gouvernement du Québec a nationalisé une partie de l’industrie pour profiter de l’aubaine. C’était une erreur. À mesure que les effets sur la santé des travailleurs et sur la qualité de l’air intérieur de l’amiante ont été connus, des restrictions de plus en plus fortes se sont mises en place un peu partout dans le monde. Le commerce de l’amiante est devenu plus difficile, donc moins rentable. Aujourd’hui, il y a toujours des réserves d’amiante au Québec, mais si on en trouve dans un édifice, il faudra payer des sommes faramineuses pour s’en débarrasser.

Le pétrole et les autres carburants fossiles ont été au cœur du développement industriel du dernier siècle. À juste titre, posséder des réserves de pétrole était un avantage économique, à condition de pouvoir rejoindre les marchés.  Depuis plus de trente ans, l’enjeu des changements climatiques et la qualité de l’air des villes pèsent sur l’avenir du pétrole comme carburant. Il est scientifiquement établi que nous ne pouvons plus continuer sur la même tendance de consommation toujours accélérée. Pis encore, les scientifiques nous ont clairement démontré que pour la sauvegarde des équilibres planétaires, il fallait que nous devenions rapidement moins dépendants des carburants fossiles, quitte à ce que les réserves actuellement connues restent sous terre, où elles ne posent aucun problème pour l’environnement.

Actuellement, deux projets sont présentés dans le débat public comme des enjeux de développement économique : « Énergie est » pour le transport de brut des sables bitumineux d’Alberta vers l’Atlantique et l’exploration pétrolière à Anticosti pour déterminer d’éventuels paramètres d’exploitation de cette ressource au Québec. Une certaine opposition se manifeste localement en raison des impacts environnementaux présumés en cas de déversement ou pour le tribut que l’exploitation porterait à notre patrimoine naturel. Nous ne discuterons pas du bien fondé de ces arguments. La question est ailleurs. Le pétrole n’est plus une ressource d’avenir et à mesure qu’on diminuera la demande pour ce produit, les ressources connues deviendront largement suffisantes pour les besoins décroissants de l’économie du futur.

Trouver un gisement d’amiante aujourd’hui n’est pas une nouvelle qui fera augmenter la valeur d’une entreprise. Dans trente ans, il en sera possiblement de même avec les gisements de pétrole non conventionnels. La construction du pipeline « Énergie est » créera une pression sur l’exploitation de nouveaux projets en Alberta. L’extraction de pétrole de schiste à Anticosti sera chère et risquée. Les deux contribueront à augmenter les émissions de GES du Canada. Le fardeau sera reporté sur tous les autres secteurs de la société.

Les ressources minérales sont infiniment patientes. La bonne décision est donc de ne faire ni l’un ni l’autre de ces projets. Si l’économie du futur demande une transition énergétique, il faut agir maintenant sous peine de traîner nos passifs encore longtemps.

Claude Villeneuve, Professeur titulaire, Directeur de la Chaire en éco-conseil, Département des sciences fondamentales, Université du Québec à Chicoutimi, claude_villeneuve@uqac.ca, 418-545-5011 #5059